Pages

lundi 22 novembre 2021

Problème de voisinage.

 


105ème devoir de Lakevio du Goût.

Si vous vouliez bien raconter une histoire pour lundi…
Une histoire dans laquelle on trouverait les mots :
Pourriture, amateur, jambon, ecchymoses, tangage, rideaux, équivoque, harceler, s’abstenir.
Ça ce serait bien.
Vivement lundi !



Problème de voisinage.


— Oui, c'est bien moi qui occupe l'appartement juste au-dessus. Comme vous avez pu le remarquer c'est un immeuble vétuste, en pleine rénovation, enfin, en pleine promesse de rénovation depuis déjà plusieurs années. Vous savez ce que c'est, les dossiers passent d'un endroit à un autre, d'un bureau à l'étage du dessus, de commission en commission, et c'est le tangage permanent des hésitations et absences de décisions.


— Connaissez-vous le couple en question ?

— Connaître, c'est beaucoup dire, ce que je veux dire c'est que je connaissais leur voix, ça oui. Il n'arrêtait pas de s'engueuler et comme ici les cloisons c'est du carton pâte, et pas d'isolation phonique, j'entendais tout. Alors, une fois j'ai eu envie de… mais bon, faut savoir retenir ses nerfs ! Mais je vous assure, parfois ça couinait comme des porcs à l'abattoir qu'on égorge pour faire du jambon.


— Donc vous aviez de sérieuses raisons de leur en vouloir !

— Ah non ! Moi je n'y suis pour rien, je ne les ai jamais harcelés, d'autant que je dois vous l'avouer parfois je prenais un certain plaisir à les entendre. Surtout elle. Je vous assure que lorsqu'elle grimpait aux rideaux, c'était une autre chanson, et puis ça durait, ça durait. Franchement son mec tenait la distance. Parfois j'ai même souri en pensant qu'il allait finir par avoir des ecchymoses à son bâton de berger.


— Oui, bon, pas de dérives scabreuses. Je note que vous aviez des raisons de leur en vouloir. Alors vous comprendrez, qu'en tant qu'inspecteur, il y a de quoi se poser des questions à votre encontre. Expliquez-moi pourquoi on vous a surpris à leur côté et pourquoi vous avez pris cette photo.

— Mais, comme je l'ai dit à votre collègue précédemment, c'était à cause de l'odeur de pourriture qui flottait dans les escaliers et les parties communes depuis un moment. Je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé que peut-être ça pouvait venir de chez eux. À force de s'engueuler, il y en a qui pue de la gueule. Donc je suis descendu frapper à leur porte. Mais ils n'ont pas ouvert.


— D'accord, ils n'ont pas ouvert, mais vous auriez pu quand même vous abstenir de défoncer celle-ci ! Qu'est-ce qui vous a pris ?

— OK, je me suis un tout petit peu énervé parce que ça a commencé à trop me chatouiller les narines. Et c'est en rentrant que je les ai trouvés comme ça. Ça schlinguait encore plus fort. J'ai tout de suite pensé que les cadavres commençaient à se décomposer.


— Et vous n'avez rien trouvé d'autre à faire que de prendre des photos ? Au lieu d'appeler les pompiers, la police…

—  Moi vous savez je suis un photographe amateur assez éclairé et je me suis dit que ça pourrait donner quelque chose d'intéressant, bien agrandi, bien encadré, je suis sûr que sur le marché parallèle ça aurait pu me rapporter un max de thunes. Mais voilà, maintenant vous me soupçonnez de les avoir trucidés. Franchement, on nage en plein équivoque ! Et en plus vous avez mis mon appareil photo sous scellés. Mais dans ces conditions,  comment je vais faire pour les vendre rapidement mes photos ? 





27 commentaires:

  1. Hier, en fait, tu t'étais seulement échauffé ;-)
    Je t'admire de réussir à glisser autant de mots "imposés" (j'ai bien aimé où tu as placé les ecchymoses lol)
    c'est un exercice dans lequel je n'excelle pas (je parle des mots imposés, évidemment :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu veux dire quoi exactement ?
      Que tu t'y connais mieux du côté ecchymose ?
      Plus sérieusement : j'aime bien les mots imposés, ça donne le moyen d'essayer de les utiliser comme s'ils venaient naturellement à cet endroit. Et j'aime bien !

      Supprimer
  2. Ils ont encore belle allure pour des corps en voie de décomposition ;)
    J'aime bien ton humour noir.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben oui, mais justement parce qu'ils ne sont encore que « sur la voie »… ;-)
      l'humour noir était une grande spécialité de jeunesse !

      Supprimer
  3. C'est d'un cynisme qui me ravit.

    RépondreSupprimer
  4. Vraiment tu te distingues, quelle aisance et quelle imagination; Bravo
    Belle journée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme je l'ai dit plus haut, j'adore les mots imposés. Ça oblige. On ne peut faire du laisser-aller !

      Supprimer
  5. Réponses
    1. Ben oui ! Ces flics ne tiennent aucun compte du petit commerce !

      Supprimer
  6. chez toi aussi ils sont morts!!!
    mais quand même... cynique comme ça! il y en a pas deux comme toi!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Madame Coumarine, côté cynisme dans votre texte, vous êtes aussi dans le peloton de tête !

      Supprimer
  7. Y pas photo, ton texte est excellent ;-) .

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci… et tu aurais pu… développer !

      Supprimer
  8. Charlotte22/11/21

    Passionnante ta petite histoire ...je l'ai relu deux fois

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors tu pourras témoigner à la police de ma bonne foi !

      Supprimer
  9. Bigre ! Tu fais dans l'humour noir aujourd'hui.
    Mais tu maîtrises...
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ! Mais dans ma jeunesse boutonneuse, je m'estimais le prince de l'humour noir !
      :-)

      Supprimer
  10. C'est bien les flics : aucun respect pour le petit commerce !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et après ils s'étonnent qu'on préfère être dealer !

      Supprimer
  11. Un couple d'enfer, rien qu'avec les voix ! "des ecchymoses à son bâton de berger", ça en jette ! Dommage que ce photographe amateur ne se soit pas photographié lui-même, mais bon, on imagine tout grâce à vos mots, et ça suffit.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'appareil est désormais une pièce à con-viction.
      Pour le reste il y a aussi l'adage : « qui trop embrasse mal au train »

      Supprimer
  12. Tu as fait fort et j'ai envié ton style imagé ! L'inspecteur Clouseau n'est pas à la hauteur... comme toujours !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il serait temps que Colombo revienne !
      Et déduise que l'anneau de rideau qu'elle avait au doigt ne lui permettait pas de grimper aussi haut

      Supprimer
  13. Bonjour Monsieur AlainX ! Je découvre par hasard votre blog et je me régale à vos tournures de phrases, à votre humour. Le très riche vocabulaire de notre belle langue française fait souvent défaut sur les réseaux sociaux (je ne parle même pas de l'humour), et tomber sur une publication comme celle-ci est un pur bonheur. Bravo pour vos jeux de mots et calembours, c'est un cadeau pour les faites que vous nous fêtes là ! MERCI !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Que pourrais-je donc ajouter ?
      Si ce n'est un merci pour ces compliments. Mais sont-ils tant que cela justifiés ?
      Quoiqu'il en soit ce qui est certain c'est que j'aime m'amuser avec notre belle langue française…
      et en espérant vous revoir sur mes pages…

      Supprimer
  14. éliane roi30/11/21

    Merci Monsieur AlainX d'avoir visité et commenté mon blog ; ça me touche beaucoup. Oui l'humour a encore de beaux jours devant lui, surtout à notre époque, basée sur le profit pour certains, les injustices et les inégalités. Rions, c'est ce que nous avons de mieux à faire.
    Très cordialement.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes sont pris en considération uniquement s'ils sont signés.
Si vous avez des difficultés à poster un commentaire ou si celui-ci n'apparaît pas,
vous pouvez me l'adresser en utilisant le « formulaire de contact personnel » (voir dans la colonne de droite).
Je le publierai en votre nom.