104ème devoir de Lakevio du Goût
Je me demande à quoi rêve celle-ci, dessinée par Norman Rockwell.
Et vous ?
À quoi pensez-vous en voyant son air inquiet ?
Dites-le lundi…
Un parcours, un destin.
J'aurais aimé être de marbre, insensible, froid, ne penser à rien ni à personne, mais il n'en fut pas ainsi.
J'aurais aimé être pierre obsidienne noire. Je promets que j'aurais été polie en toutes circonstances et que par mes vibrations chacun aurait pu ressentir les bienfaits que je lui apporte en énergies positives.
Plus tard il m'a semblé que de bronze ou d'argent, j'aurais pu rendre les services pour lesquels je me sentais destiné.
Mais on me fit comprendre que je me laissais aller à la corrosion, ce qui n'était pas de mise.
Dès lors je me suis tourné vers Mercure en réclamant ses bons offices qu'il ne pouvait me refuser. J'ai exigé la perfection dont je me sentais capable. Celui-ci m'indiqua le chemin de la Vénétie et c'est là-bas que j'ai compris ce qu'il pouvait en être de la perfection.
Je me suis livré à eux sans crainte, docilement et avec naïveté il faut le reconnaître. Je me suis fait transparent comme du verre, bien trop confiant. J'ignorais à quel point Mercure savait fomenter sa vengeance. Je faillis y perdre la vie et il en fut ainsi pour certains de mes camarades.
Survivant, tout en me demandant si c'était une bonne chose, j'ai émigré aux Amériques, dans une riche famille new-yorkaise où on m'a posé n'importe où, parce qu’à priori on ne savait pas trop quoi faire de moi. J'étais une sorte d'héritage. En attendant un placement source de profit, on ne savait où me placer. On m'a foutu par terre contre une chaise.
C'est là que j'ai fait la connaissance d'une fillette boudeuse et triste comme la plupart des filles de riches. Je tentais de lui refléter que ce n'est pas parce qu'elle avait cassé sa poupée qu'il fallait en faire le drame du siècle. Elle ferait mieux d'aller s'habiller parce que son père ne sera pas content et lui filera son pied aux fesses comme à chaque fois. Mais elle ne m'écoute pas. Je suis habitué, à cet âge-là on ne pense qu'à soi, rien qu'à soi, on commence à devenir le nombril de l'univers, pour plus tard faire comme papa, ses usines et ses milliards.
J'aurais préféré être le miroir des âmes. Mais ça, c'est réservé à l'élite de ma corporation…

Je n'ai lu que deux devoirs, le tien et celui du Goût, c'est fascinant la façon de s'approprier une image.
RépondreSupprimerIl en va de même pour moi. Je n'ai lu que le Goût quant à présent. C'est l'intérêt de l'exercice de s'approprier une image. Plus c'est différent plus c'est intéressant.
SupprimerOn sent là ton optimisme légendaire...
RépondreSupprimerUn miroir est toujours à la ressemblance de celui qui le regarde.
Supprimer"On m'a foutu par terre contre une chaise.", écris-tu
RépondreSupprimerTrès inconfortable je trouve, tant physiquement que moralement
Un miroir se doit de supporter tout ce qu'il reflète. Confortable ou pas.
SupprimerN'empêche, les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image.
SupprimerCe sacré Cocteau avait bien raison...
Ton texte est une merveille ! Tu nous as habitués à plus de légèreté.
RépondreSupprimerChapeau !
J'essaye d'écrire dans des genres et des styles différents.
SupprimerC'est souvent l'intérêt des ateliers d'écriture : mettre de soi sans parler de soi.
Pas mal d'objets anciens sont abandonnés dans un coin, avant de retrouver tout à coup l'intérêt de ceux qui en héritent.
RépondreSupprimerUn miroir, il en voit bien des "sentiments" : peine, émerveillement, amour...
J'ai longtemps eu un vieux miroir au mercure, hérité de mes parents, dangereux donc, (le miroir, pas mes parents…) dont il a fallu se débarrasser. On retrouvait des billes de mercure derrière contre le mur…
Supprimerje me demande si ce n'est pas ça qui m'a donné l'idée du texte…
Très original, j'adore le point de vue adopté !
RépondreSupprimerDois-je avouer que je n'étais pas mécontent de mon idée !
SupprimerAh j'ai beaucoup aimé que tu te retrouves aux pieds de cette pauvre petite fille riche. Son âme devait un peu être en miettes à ce moment-là, tout comme toi tu te sentais assez inutile et délaissé...
RépondreSupprimerIntéressant ce que tu dis. Combien de fois ne se sent-on pas inutile face à tout ce qui est délaissé qu'on a pu délaisser…
Supprimerles âmes en miettes… il y en a tellement…
"Un miroir est toujours à la ressemblance de celui qui le regarde."
RépondreSupprimerLe monde est toujours à la ressemblance de celui qui le regarde.
Il est l'ombre de nous-mêmes, le miroir de nous-mêmes.
J'ai la mauvaise tendance d'oublier ça et de le prendre pour bien réel.
Je te vois dans ton texte, inattendu et très riche sur le fond. kéa
Dans le miroir on voit ce qui n'est pas, et on se met à y croire.
SupprimerLe réel n'est ni les apparences ni les reflets.
Mais l'artifice est tellement plus attirant quand on le croit réel.
« Amour, toujours » on croit que ce sera simple :
amour… toujours… des efforts…
et cependant bien des félicités…
paradoxe de notre condition.
Voilà un texte qui m'a appris beaucoup de choses.Où se trouve le miroir de l'âme ? Dans bouche qui sourit ou dans mes yeux qui pleurent ?
RépondreSupprimerIl est probablement là chaque fois que nous reflétons un peu d'amour…
Supprimerc'est-à-dire pas tout le temps…
Bravo Alain pour ton texte suite à l'image accaparée avec élégance, et tes commentaires. Mots et thèmes originaux et différents à chaque fois.
RépondreSupprimerChapeau, Monsieur.
Bonne soirée.
Merci d'avoir apprécié.
SupprimerÇa m'amuse toujours d'écrire quelque peu « autrement »…
Belle soirée à toi aussi
"Le miroir des âmes", j'aurais adoré à une époque... j'ai été longtemps à éviter les miroirs, maintenant j'aime ! et oui j'y vois mon âme, une certaine sagesse, une acceptation, un "je m'aime" :-))
RépondreSupprimerMerci ! Bisoudoux ♥
C'est toujours un plaisir de te voir passer par ici, surtout pour dire d'aussi belles choses !
Supprimerah! Une petite fille de riche ???? C'est pour ça que l'on la dit boudeuse plutôt que malheureuse ?
RépondreSupprimerBen oui ! Une fille de riches n'a pas le droit d'être malheureuse voyons !
SupprimerPas plus qu'une riche adulte, bourgeoise, parvenue , aristocratique ou épouse de milliardaire ! Leur statut les condamne à être heureuse 24/24 ! Tous les réseaux sociaux et magazines people vont te le confirmer !
Dans la présentation Lakevio dit que la fille à un air inquiet. Je ne trouve pas. Boudeur plutôt. Ou comme absorbé par elle-même. Et c'est pourquoi je trouve tes derniers mots très juste "... nombril de l'univers...". Elle se scrute, se cherche, peut-être qu'elle n'aime pas ce qu'elle découvre. Et à ce moment là, elle est la seule habitante de l'univers.
RépondreSupprimerJ'aime bien ce que tu dis à propos de « nombril de l'univers », c'est plus fouillé que mon propos à la fin, et donc plus juste. La quête de se découvrir. Ça passe forcément par une centration sur soi au détriment du reste. Mieux vaut que ce soit ado pré-ado qu'à 40 ans !
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