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vendredi 12 novembre 2021

L’attente


366 réels à prise rapide selon Raymond Queneau


Aujourd'hui derrière une porte



L’oreille collée l’enfant tentait de savoir ce qui se passait derrière la porte. Ce n’était pas de la curiosité malsaine. C’était pour conjurer l’angoisse. Il était évident qu’on lui cachait tout depuis toujours. Il était trop petit. Hors de question de le mettre dans la confidence des grands.

— « Va te coucher ! Tout cela n’est pas pour toi ! »

Il redescendait les deux étages par l’escalier froid, à peine éclairé par le lampadaire de la rue. Il aurait bien aimé que la porte lui explique, savoir enfin ce qui se tramait contre lui. Depuis des années il est derrière cette porte.


(103 mots)

17 commentaires:

  1. Ah, ce "tout cela n'est pas pour toi" n'augure rien de bon ;)
    Dire que les parents expliquent encore moins que les portes !

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    1. Tout cela augure une exclusion, plutôt qu'une explication admissible du pourquoi et du comment ce n'est pas pour l'enfant.

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  2. Anonyme13/11/21

    "Depuis des années il est derrière cette porte." Je ne sais quoi comprendre de cette phrase. Est-ce à dire que l'enfant devenu adulte a toujours cette impression que qq chose se trame contre lui où s'il est à se demander, des années plus tard, ce qui se passait derrière la porte en question afin de se comprendre un peu mieux aujourd'hui ? Une phrase comme celle là a un sens c'est certain. kéa

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    1. Il est des interrogations qui restent sur le pourquoi de certains silences, de certaines exclusions. Des années plus tard on demeure symboliquement derrière la porte et on finit par entendre des échos venus d'ailleurs sur certains pourquoi du comment…
      Ça contribue en effet à mieux comprendre bien des choses parfois…

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  3. Ce que j'aimerais savoir c'est s'il a réussi à entendre quelque chose ? ;-)

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    1. À l'époque probablement pas. Plus tard il peut y avoir ce que je réponds à kéa. Et on comprend parfois que ce fut très bien ne rien entendre en ce temps-là.

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  4. Ceci étant, ça dépend des portes.
    Lorsque Louis XIV et Marie Thérèse se sont "vus" pour la 1ere fois (càd glissé un oeil dans la pièce d'à côté par une porte entrouverte), comme l'Etiquette interdisait à Marie Thérèse de dire ce qu'elle pensait de son futur époux, elle a juste indiqué que la porte lui paraissait bonne et belle.
    Malheureusement pour elle, Louis XIV n'avait pas eu le même enthousiasme : il l'a trouvée fort mal clouée !

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    1. Pauvre couple ! Belle ou mal clouée, le peuple a fini par trancher la question… ou plutôt les têtes…
      (merci à l'historienne que tu es).

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  5. Il est vrai que fut un temps - que j'ai connu - l'enfant devait rester à sa place d'enfant, il ne devait pas savoir, presque un objet inerte, il demeurait derrière la porte sans pouvoir accéder à la moindre conversation, la moindre compréhension du monde des adultes... à table devant son assiette, c'était souvent difficile à vivre. L'exclusion la marginalisation, cette rélégation ... nullement modèle dominant, il attendait de grandir pour participer à ce monde rejetant ce qui n'était pas à son image, isolé, exclu... Que d'enfants ont souffert et souffrent encore devenus adultes de cette mise à l' écart qui a favorisé une rupture du lien social ... à jamais, et sont restés derrière la porte !
    Merci Alain pour ce sujet qui donne sens....

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    1. En ce temps-là on était loin de « l'enfant roi ». C'était le temps de l'enfant absent. Passe muraille, bouche à nourrir. Quand il était nourri. Je ne sais même pas si c'était de l'exclusion. On exclut quelqu'un qui dérange, mais pas quelqu'un qu'on ne voit même pas. Qui n'a pas d'existence humaine tant qu'il n'a pas atteint l'âge de devenir outil de production, aller à l'usine ou au bureau.
      Dans les villes industrielles du Nord, l'âge en question pouvait commencer à quatre ans. L'âge où l'enfant comprend les ordres et peut se faufiler à quatre pattes entre les machines dans l'industrie textile. Il est nourri, non rémunéré, les parents ne peuvent qu'être contents puisqu'ils ont une promesse d'embauche du gosse plus tard. Et comme le dit un règlement intérieur des années 1800 « dans notre usine, il est interdit de battre les enfants de moins de huit ans » : ce qui signifie, on peut travailler avant huit ans, et on peut être battu après huit ans.
      Et dire qu'aujourd'hui on n'arrête pas de se plaindre pour tout et n'importe quoi, n'importe quoi surtout…

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  6. Charlotte14/11/21

    J'ai un jour franchi l'interdit non pas en ouvrant la porte mais en regardant par la serrure et ce que j'ai vu je le vois encore très bien maintenant devant moi : J'ai en effet vu ma mère toute nue .Cela m'a marqué ni en bien ni en mal. C'était tout simplement une incroyable découverte.

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    1. « Incroyable découverte ». C'est vrai qu'au temps de notre enfance la nudité n'était pas de mise, en tout cas chez les gens « bien élevés »…

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    2. Charlotte14/11/21

      J'avais 6 ans

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  7. Chez nous, il y avait une porte spécialement faite pour claquer. Et elle claquait très souvent... Menuiserie salutaire pour exprimer la colère que l'on allait calmer ailleurs. Quand je l'ai remplacée, en 1986, nous nous sommes tous demandés si la nouvelle résisterait aussi longtemps qu'elle ?

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    1. J'adore les portes qui sont faites pour claquer. Il faut vraiment les utiliser régulièrement ça fait tellement de bien…
      Chez moi il y a une porte qui donne sur le jardin, elle fermait mal, j'ai fait venir un menuisier de mes connaissances qui l'a ajustée (gratos d'ailleurs). Il était content de lui : « voilà ! C'est fait ! D'ailleurs cette porte est faite pour claquer ! ».
      (Évidemment si tu avais été un de mes voisins, c'est à toi que j'aurais demandé…)

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  8. Du pas-assez on est passé-au-trot... hou, en forme Den.... je plaisante et on ne doit pas plaisanter avec ce sujet. Du pas assez on est passé au trop, à l'enfant roi tu dis Alain, oui dans nos pays "développés" ... développés ?.. je parle de la place de l'enfant dans la famille dans les années 50... un être qui n'a pas d'existence propre... qui n'existe pas, hors du champ. Qui demeure dans l'ombre de ses parents, absent, muet, sourd et aveugle à ce qui l'environne.... en attente du temps qui libère de ses silences.... derrière la porte lieu de passage, de mystère entre le connu et l'inconnu, la lumière et les ombres..La porte qui indique un lieu d'accès, mais également pousse à son franchissement qui invite au voyage vers un autre endroit, un au-delà, par la porte qui ensoleille ou assombrit ! l'accessible ou l'interdit.. porte ouverte, battante ou fermée à double tour.. à jamais....

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    1. La porte, sa symbolique, sa représentation, sa nécessité, son lieu de passage, de franchissement et d'interdits, et aussi de permettre l'exclusion des non-initiés, etc. est un thème extraordinaire.
      Un homme qui fut de passage et paraît-il demeure, disait en ce temps-là : « je suis la Porte », de quoi méditer très longuement…

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