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lundi 31 octobre 2022

Le combat


141ème devoir de Lakevio du Goût


Évidemment, cette toile de Thierry Duval me rappelle quelque chose.
Mais à vous ?

Rappelle-t-elle quelque chose qui commencerait par « La joie venait toujours après la peine ».
Et si en plus votre récit se clôt sur « Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! » ce sera parfait.




Le combat


La joie venait toujours après la peine, lorsque je débarquais à Paris, juste là, à l'angle du Boulevard du Palais et du Quai de l'Horloge.


La peine des mois et des semaines précédentes, lorsqu'on avait trimé et bossé sur ces kilos de documents préparatoires en commissions diverses et régionales. C'était sportif à organiser car nul ne pensait qu'un jour il y aurait ce développement de l'informatique, des réseaux, et encore moins de « Zoom » qui permettrait de se parler et de se voir en simultané à plusieurs… tout cela relevait de la pure science-fiction. On avait cependant ce moyen moderne à l'époque du téléphone et courrier ! Alors on envoyait des lettres tapées à la machine à écrire avec quand même retour de chariot automatique. 

 Vous vous souvenez, ces documents qu'on mettait dans une enveloppe et qu'on déposait dans une boîte aux lettres au coin de la rue et du facteur qui venait les prendre puis les expédiait par le train ou par avion, un peu partout en France. Il arrivait qu'on obtienne parfois  une réponse après seulement une  grande quinzaine de jours. C'était dingue, cette rapidité !

La peine de l'épluchage les documents reçus en réponse du ministère afin de déceler les endroits où on cherchait à  nous rouler dans la farine et même carrément nous en foutre sur la gueule.


La joie venait clairement de la solidarité indéfectible qui nous unissait, formant une unité contre le ministre et le gouvernement. On avait des réunions régionales ou avec le soutien des pintes de bière et dans les effluves du bistro, on préparait nos ripostes et l'alcool aidant on avait des audaces scripturaires que l'on n'aurait certainement pas eues à jeun. Et hop on envoyait tout cela dans une enveloppe postale, selon la procédure décrite ci-dessus, à l'adresse de Monsieur le ministre de la justice. Place Vendôme Paris. (Sans timbrer , évidemment).


La joie particulière lorsqu'on se retrouvait dans cette salle de réunion du Palais de justice de Paris qui était mise gracieusement à notre disposition le week-end par un procureur qui nous avait à la bonne et croyait en notre combat. C'était le bon temps des années 80. Je dis c'était le bon temps, parce que j'étais jeune et ardent en ce temps-là…


Ensuite on se rendait place Vendôme, rencontrer les énarques du cabinet du ministre qui voulaient nous manger en nous écrasant à la fourchette. Mais ils ne savaient pas qu'on était de la barbaque coriace. Ils ne savaient pas non plus qu'on allait se mettre en « grève du zèle » ce qui est d'une efficacité redoutable surtout dans la durée. C'est ainsi qu'au final Monsieur le Premier ministre (Gros Quinquin) arbitra la chose et nous donna raison, mais la tête haute : c'était pour le bien de la République française. Alors, le jour où c'est arrivé on a quand même été fier de nous. C'était une victoire qui méritait plus que la minute de silence. Pendant quelques heures nous possédions le silence de la victoire, sinon le repos. Enfin !



 

26 commentaires:

  1. J'aimais bien Mauroy.
    Bon, mettre un militant commem premier ministre était imprudent et ça ne dura pas, mais tout de même, il fit des choses.
    Lui...
    Cela dit, c'est fou comme on se rappelle bien notre jeunesse et notre ardeur à quelque activité que ce fût... ;-)

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    1. Je l'aimais bien aussi. Ce fut également une personnalité de min' coin !
      Il est possible que sans ce côté « militant » n'aurions pas obtenu ce qu'il en fut.
      Quant à l'ardeur de la jeunesse, quand on se remémore l'histoire et aussi celle de notre couple, on se dit parfois « mais comment on a réussi à faire tout ça ! ». Et oui… c'est là où on voit qu'on est vraiment devenus vieux ! ;-)

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  2. Tu as eu une vie palpitante, on dirait ! :-)
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Disons que j'ai eu des épisodes palpitants, et cette époque-là ce le fut.

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  3. Croire en ce que l'on fait, je crois que c'est de moins en moins possible aujourd'hui. L'usure ? Mais pas que. Ce qui est plus certain, c'est que si la peine est toujours aussi lourde, la joie est de moins en moins au rendez vous à en croire les nombreux témoignages de tous ces premiers de corvée laissés pour compte.

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    1. L'ardeur des jeunes existe toujours. C'est pas parce qu'on nous montre un bordel général pour vendre de la pub que c'est la réalité répandue sur tout le terrain.
      Les jeunes adultes autour de moi croient en la réussite des possibles. Et de toute façon quand j'avis leur âge en 1970 des « no future » il y en avait plein les rues et dans les manifestations……
      Quant au premiers de corvée, hélas, ils sont de toutes les époques depuis que le monde est monde… je pense même qu'au siècle dernier il en avait encore bien plus ! Sauf qu'on n'en parlait pas dans des médias qui n'existaient pas. Ils n'en souffraient pas moins pour autant.

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  4. Commentaire de Aubépine
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    Beau vécu "ministériel".
    Et ton billet me fait penser à deux choses :
    - La déshumanisation et la dématérialisation des services publics
    - Et au roman de Georges Moineaux : "Messieurs les ronds-de-cuir".
    Belle journée, Alain.

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    1. La première chose que tu dis c'est effectivement aujourd'hui. À l'époque où j'ai vécu ce que je relate les services publics étaient encore tenus par des humains et non pas par des robots au téléphone ou sur le net.
      Quand au roman cité, c'est tout à fait ça !

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  5. Tu as vécu une chose tout à fait stupéfiante, impossible à penser aujourd'hui, qui relève quasiment de la science-fiction ou du fantastique, un truc impensable... Un ministre qui écoute les gens d'en bas !

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    1. Mieux encore ! Il y avait des ministres de gauche qui avait un minimum de compétences ! Ce qui n'existe absolument plus à l'époque contemporaine, évidemment ! Il reste juste un truc : savoir réciter devant micros et caméras les « éléments de langage » préparés par d'autres. Éléments auxquels bien entendu ils ne comprennent rien. On leur demande donc principalement d'avoir une bonne diction et une chouette tronche. Et si possible avoir fait une école de théâtre comme le Grand patron de l'Élysée.

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    2. Alain, Je crois que tu n'as qu'un seul défaut... Tu habites trop loin pour qu'on aille boire des coups régulièrement ensemble. Et on referait le monde !
      Et il serait drôlement beau.

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  6. Anonyme31/10/22

    Bravo. Tu es vraiment, un homme bien. Charlotte

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    1. Disons que je tentais avec d'autres de faire les choses pas trop mal. Et quand on est plusieurs on est meilleur.
      Mais merci pour le compliment…

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  7. Je savais tes magistrales interventions... mais soutenues par des effluves d'alcool, alors ça !!! Tu m'as fait rire, mais en tout cas bravo pour tout ce que tu as réussi ! ;-)

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    1. Oui… euh… on ne roulait pas sous les tables non plus !
      ;-))

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  8. Ah ! Les gaietés de 'Administration !

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    1. Les galettes de Pont-Aven sont meilleures que les galères de l'administration !

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  9. Dans les années 80 la vie était pleine d'espérance, les gouvernants d'alors avaient un réel savoir faire, aujourd'hui ils ont un réel faire savoir...Bravo à toi.
    belle journée

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    1. Je crois en effet qu'il y eut une époque où l'action prévalait.
      Aujourd'hui le verbiage, les éléments de langage, les discours creux, les tweets à répétition pour balancer des conneries, la cour de récréation des députés de l'Assemblée nationale aux comportements de sales garnements, tiennent lieu de spectacle lamentable. Ainsi peu à peu le peuple est ailleurs, et la démocratie est en péril.

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  10. Félicitations pour votre texte que j'aie apprécié tant par son style que son humour ; vous avez cité Monsieur P. M. qui vous [nous] rappelle notre jeunesse... c'était un bon vivant au verbe lyrique ... quant à la langue de bois et la langue tout court, il est plaisant de lire "votre joie" renouvelée et la peine, dans l'engagement, le combat d'hommes et de femmes de conviction.
    Je viens de lire votre blog "Le Voyageur de l'Aube" ... très intéressant !
    La vie est un éternel recommencement, dans ce perpétuel émerveillement des jours et des nuits offerts, face aux beautés et la Grandeur de la Création !
    Bonne question : qui suis-je ? que suis-je ? être ... dans l'être ou le paraître ?

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    1. Bienvenue sur mes blogs, il me semble que c'est votre première visite.
      Vous semblez apprécier et donc vous reviendrez peut-être.
      Quoi qu'il en soit j'ai apprécié votre commentaire. Merci !

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  11. "Les audaces scripturales", ça fait rêver... Ah, "éplucher" le bon temps - même avec ses
    peines" - ça ferait presque pleurer de joie me semble-t-il.
    Un premier ministre qui cède sous une grève du zèle, un moment inoubliable. Dommage que lorsqu'ils cèdent, ces gens d'en haut, ils continuent leur carrière sur ce même chemin afin, justement, de continuer leur "merveilleuse" carrière que ce soit à gauche ou à droite ou les deux ;)

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    1. Ce brave Pierre de gauche s'en est allé ad patres manger la pelouse par la racine du Stade de foot auquel on a donné son nom. Mais depuis un grand groupe capitaliste a sportivement donné des millions pour virer ce nom au profit du sien. Ainsi construit–on l'avenir…

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