Il est parfois des souvenirs qui surgissent quand on ne s'y attend pas.
C'est en lisant un billet chez Adrienne à propos de Bruegel, qu'un autre tableau est venu investir ma mémoire.
Celui que je publie.
Mon frère en avait une reproduction chez lui, il y a très longtemps. J'étais jeune encore, il m'avait parlé de Bruegel et son œuvre.Je ne me souviens plus de ses propos, c'est trop loin, mais là n'est pas l'important.
Ce fut qu'il me parla qui était singulier. Qu'il porte un intérêt sur le petit frère que je suis, qu'il a toujours considéré comme en trop. J'avais cru qu'on pouvait avoir une relation de proximité avec un frère, comme je le voyais chez des copains d'école. Avec lui, ce ne fut qu'exceptionnel, y compris aujourd'hui où il approche des 88 ans. À Noël cela fera un an de silence entre nous. Je ne lui manque pas (du moins c'est ce que je crois). Je ne sais même pas dire s'il me manque ou non.
J'entends parfois qu'il ne tarit pas d'éloges à mon propos. Il y a une douzaine d'années, il m'a vertement critiqué pour mon récit de vie « Le passage se crée ». Peu après, j'ai eu bien des échos qu'il en faisait l'éloge autour de lui. Il en retirait probablement un orgueil personnel. Peu de temps après le décès de notre père, en mal de confidences, il m'avait dit : « J'ai un énorme complexe de supériorité ». Je n'ai rien répondu, je le pensais autant que lui.
J'admire son parcours de vie, sa probité, son intelligence vive, sa notoriété professionnelle reconnue nationalement. Ses enfants sont épanouis. Avec ma belle-sœur j'ai toujours entretenu une sorte de complicité partagée et conciliatrice. Plusieurs fois elle m'a dit :
— Tu sais [son prénom], c'est difficile pour lui.
Désormais, le silence est installé Pourtant on eut des échanges passionnants quand il a écrit l'histoire de la famille, il y bien des d'années. À présent, il est enfermé sur lui-même et c'est triste de le savoir vieillissant si mal. Parfois je tente de le joindre au téléphone. C'est toujours ma belle-sœur qui décroche. Il a un Smartphone… mais toujours éteint.
Pourquoi aimait-t-il ce tableau de Bruegel ? Pour son côté à la fois sombre avec ce ciel triste, ces arbres noirs, sans feuilles et ces corbeaux lugubres ? Pour la neige blanche qui seule éclaire l'ensemble ? Ou alors les chasseurs et leur meute de chiens qu'on n'aimerait pas croiser au coin d'un bois ?
Ce frère demeurera un mystère épais. Je suis sûr qu'il regrette l'époque où il était fils unique. Il explique, dans les mémoires familiales, qu'on lui dit tout de go qu'il avait un petit frère qu'on venait d'apporter le matin même à la maternité. J'imagine le choc, il avait 10 ans.
Je ne sais pas trop pourquoi j'écris ce billet. Un besoin de partager sans doute. Certes, avec mon épouse, je peux évoquer « librement » ma relation à lui. Elle sait ce qu'il en est. Elle a tendance à me dire que je n'ai qu'une solution : accepter cette réalité pour ce qu'elle est. Évidemment, elle a raison. Hélas, elle a vraiment raison.
Je vais quand même de nouveau tenter de lui téléphoner.
[La publication de ce billet restera provisoire]

De mon expérience de dernière d'une fratrie de six, dont un bébé mort le lendemain ou le surlendemain de sa naissance (dont j'ai découvert l'existence dans le livret de famille lorsque j'étais adolescente), je crois que les relations entre frères et soeurs ne sont pas simples pour de nombreuses raisons : notre place, nos parents, notre famille, ce qui se fait ou pas, ce qu'on a cru sur nous-mêmes et nos frères et soeurs, les non-dits, les incompréhensions, les jalousies... Parfois des souvenirs négatifs sont ancrés et, si nous les entretenons, la relation se fige.
RépondreSupprimerJ'ai été très surprise lorsque j'ai compris assez récemment que ma seule soeur de 12 ans mon aînée était jalouse (ou l'avait été) car j'avais été "gâtée" par rapport à elle. Je lui ai alors parlé de ce que j'avais pu ressentir au collège religieux où nous étions allées l'une et l'autre, j'étais décalée par rapport à beaucoup de camarades, comme elle l'avait été.
Parfois, sans être au courant, on est admiré, envié, par nos plus proches pour des choses dont on n'a pas idée.
Pas de coupure franche dans ma famille ni de grande proximité.
Merci beaucoup d'avoir publié ce texte qui me permet de laisser un commentaire alors que je vous lis et vous apprécie depuis longtemps ainsi qu'un grand nombre des commentateurs et commentatrices.
Les relations entre frères et sœurs ne sont pas simples, en effet.
SupprimerPas plus que les relations humaines en général.
Cela peut être un bon lieu d'apprentissage, à condition que les parents soient aptes à apprendre à gérer les tensions et conflits qui sont inévitables et je serais plutôt inquiet qu'il n'y en ait pas. Mais combien de parents sont allés se former dans une « école des parents »…
Devenus adultes, les enfants d'une fratrie peuvent parfois se comprendre en s'expliquant, comme dans l'exemple que vous donnez avec votre sœur de 12 ans votre aînée. Si cela peut se faire dans un climat confiant et aimant, ce sera tout bénéfice. J'ai bien dit « si »… car vous avez raison sur ces choses et situations « dont on n'a même pas idée »…
J'aurais tant aimé pouvoir m'expliquer avec mon frère sur des pans de notre passé. Mais il est fermé à ce genre de dialogue désormais.
Merci de me lire depuis longtemps. N'hésitez plus à commenter de nouveau… !
"tu t'es lancé dans un truc" comme on dit quand on entend quelqu'un abordé un sujet sensible, personnel et généralement douloureux.
RépondreSupprimerOn le fait avec l'espoir souvent déçu d'intéresser quelqu'un au sort des fratries qui ne sont jamais si unies ni gaies que tous les souhaitent.
Comme le reste de l'humanité, elles souffrent de dissensions et surtout d'incompréhensions qui parfois peuvent être insurmontables.
Tant qu'elles ne dégénèrent pas en haine inextinguible, on peut être satisfait...
Tu as un frère, j'ai trois soeurs, (la plus vieille a perdu la boule, la plus jeune souffre de troubles psychologiques et la soeur restante, comme moi somme désarmés, nous ne savons quoi faire...) c'est toujours riche d'enseignement mais plus souvent de frustrations plus ou moins bien acceptées.
Au moins, ça apprend à vivre et à accepter la frustration, quelque chose qui semble de plus en plus mal accepté par nombre d'enfants depuis quelques décennies.
Même si, finalement acceptées, ces frustrations marquent elles ont le mérite d'y faire réfléchir.
Tu sembles quant à toi, bien plus douloureusement touché que bien d'autres dont on peut dire "ils font avec..."
Respect.
Tu as raison : je me suis lancé…
SupprimerAyant pratiqué l'aide aux personnes pendant de très nombreuses années, sans prétendre avoir tout entendu et/ou vu, j'en ai entendu énormément, en ce compris des choses que je croyais réservées à l'univers romanesque.
Mais aussi, j'ai été témoin de ce que j'ai appelé parfois « des réconciliations miraculeuses », et surtout durables, sinon on peut toujours ravaler la façade d'une maison par ailleurs délabrée.
Sur ce que tu dis à la fin, mon souhait est que le « faire avec » ne soit pas une résignation ou une passivité. Peut-être parce que je ne désespère pas de l'avenir.
"comme on dit quand on entend quelqu'un abordé", "aborder" ce serait mieux...
RépondreSupprimerQuel intérêt que cette remarque sur une faute d'orthographe ?
SupprimerQuel mépris de votre part.
au fait, c'est le--gout-des-autres qui publié le commentaire précédent, a fait la faute, et l'a corrigée ensuite.
SupprimerHélas, les commentaires sont apparemment forcés à l'anonymat...
Je ne méprise que rarement, ça prend inutilement du temps...
Merci, cher « le goût » pour ces précisions utiles et éclairantes.
SupprimerPour l'anonymat normalement tu as la possibilité de mettre ton nom et si tu le souhaites ton URL si tu n'as pas de compte Google…
Pourquoi ne puis-mémoriser tout ce truc ?
Supprimerj'essaie...
SupprimerBrigitte
RépondreSupprimerAh! La fratrie, c’est comme notre première mini société, où chacun a une place, la sienne propre avec ses ressentis dans l’instant qu’il traverse…
Je suis l’aînée et j’avais deux frères. Nous avions chacun notre caractère, notre sensibilité et nous n’étions pas particulièrement liés mais nourris à la même sourc, celle transmise par nos parents et tout l’amour qui.ils nous portaient en nous respectant chacun pour ce qu’on etait, tous trois différents et pourtant particulier!
Le mot séparation fut éprouvé profondément à la mort de mon mari, suite à laquelle j’ai commencé à cheminer intérieurement en apprenant à accepter « cela qui est ». ( J’ai même réalisé que j’avais déjà sûrement été confrontée à une situation identique et pour cause …. (Suite à une thérapie, la mort d’un jumeau in utéro).
Par la suite, d’autres séparations ont pointé le bout de leur nez, celles de mes parents puis de mes deux frères. J’ai accompagné au jour le jour, pendant deux semaines, la fin de vie de mon second frère et je peux dire par expérience que malgré la dureté de l’épreuve, j’ai perçu une grande connivence avec cet être aimé.
Le véritable amour serait-il celui qui nous révèle qu’au travers de notre blessure d’âme originelle, il y a une Force ( paradoxalement aussi fragile que forte) qui existe dans le silence des mots, des maux, des situations que l’on rencontre?
Ton billet est tellement beau qui invite à la réflexion profonde d’une situation bien douloureuse que tu mets en mots et qui résonne intiment en moi.
Chacun fait de son mieux et n’est en rien coupable de ce qu’il vit. Car au final, l’amour reste le trait d’union qui nous fait expérimenter l’ambivalence des sentiments dans un monde où tout s’attire et se repousse.
Merci Alain pour l’expression de ta sensibilité qui s’exprime aussi sincèrement et qui nous fait nous aussi progresser sur ce Chemin fait de haut et de bas où l’équilibre se cherche.
Ne rien précipiter, savoir rester présent à ce qui est , il y a toujours un moment juste et adéquat pour accepter la glace ou la rompre. C’est cela aussi une forme de sagesse à trouver sur la route!
Brigitte
Les épisodes douloureux à traverser nous guident souvent vers un cheminement intérieur, notamment l'acceptation de la réalité telle qu'elle est, qui est souvent le point de départ pour une nouvelle étape. Et toi tu n'as pas été épargné de séparations difficile et douloureuse. Et puis souvent quelques oasis en chemin, les réconciliations inattendues.
SupprimerCe que tu dis dans ton dernier paragraphe sous forme de question, pour ma part j'en ferai volontiers une affirmation, par expérience personnelle et aussi ce que j'ai pu constater autour de moi. Plus d'une fois me vient cette expression : je suis une force fragile. La première fois que j'ai prononcé cela c'était dans une séance de thérapie.
C'est émouvant ce que tu nous dévoiles, pas facile d'avoir des contacts avec quelqu'un qui te fuit.
RépondreSupprimerAutrefois, les explications des parents aux aînés lorsqu'un petit frère ou une petite sœur "arrivait" était très limite... Mon ex mari avait des sœurs bien plus âgées que lui, et celle juste avant lui, avait été envoyée chez des amis, et lorsqu'elle est revenue a trouvé son nouveau petit frère dans son lit !
Je viens de perdre mon frère, il fallait "ramer" pour avoir de ses nouvelles, depuis quelques années je passais par sa compagne. En avril il a eu de gros problèmes de santé, il était plus "ouvert" aux échanges, puis s'est de nouveau "refermé" en juillet, et a finalement commis l'irréparable en septembre.
Mes 2 sœurs, elles, n'avaient aucun contact avec lui, ne les cherchant pas plus que lui. J'ai lu leurs témoignages à ses obsèques, elles lui étaient très attachées, mais voilà comme je l'ai dit moi-même dans mon témoignage notre famille nous a isolés les uns des autres, et chacun d'entre nous vivait les traumatismes subis seul dans son coin.
Mon frère en a même perdu le lien avec ces enfants, quel gâchis !
J'espère pour toi que ton frère va répondre à ton appel, ou pour le moins que ta belle sœur va réussir à lui donner le téléphone pour qu'il puisse te parler, vraiment je te le souhaite !
Ce que tu exposes dans ton premier paragraphe fait froid dans le dos…
Supprimermais c'est terrible aussi une famille où on est isolé les uns des autres.
Chère Fabie, je vais revenir vers son blog que je fréquentais plus souvent lorsque nous faisions les exercices d'écriture proposés par « le goût ».
Merci pour tes propos à la fin. Mon frère ne répondra pas, ou alors, par un effet magique, mon texte lui est apparu en rêve ! En revanche, je sais que bien souvent il écoute la conversation avec elle. Alors parfois je glisse quelques mots : « tu diras à [son prénom] que… » mais je sais qu'il les entend. Parfois, elle me le passe, (rarement parce que je sens bien qu'il décline cette possibilité), il dit quelques mots, quelques banalités comme on échangerait dans la rue avec un inconnu…
c'est terrible comme le mot « frère » se prononce en moi comme un coup douloureux.
Merci beaucoup Alain pour ton passage « chez moi » ton commentaire m’a énormément touchée, et les larmes ont coulé. Je te serre fort dans mes bras.
SupprimerJ'avais lu la relation assez difficile que tu avais avec ta mère et aujourd'hui je comprends que malheureusement ce fameux "amour familial" que nous espérons tous, a vraiment eu du mal à s'installer chez toi.
RépondreSupprimerJe sais combien les relations entre fratrie sont souvent difficiles et il faut beaucoup d'amour pour réussir à continuer à tisser ce lien sur le temps long.
Avec les années, les réussites professionnelles ou non des uns et des autres, la relation épanouie ou non du couple... tellement de points qui se transforment en jalousie, incompréhension, indifférence…
Il est si difficile pour certains de "partager" !
Pour toi malheureusement cette incompréhension, cette indifférence, s'est traduit dès l'enfance et je pense que c'est ce qui est plus difficile à comprendre et à vivre.
Je me pose la question : vaut-il mieux être aimé ou aimer ? Contrairement à la citation !
Mais si l'on ne peut choisir d'être aimé, nous pouvons toujours aimer même sans retour.
Alors continue d'aimer et tant pis pour ceux qui ne peuvent en profiter.
Très beau week-end entouré d'amour
Tu dis juste en parlant d'indifférence dès l'enfance. Tu dis juste quand tu exprimes que c'est le plus difficile à comprendre et à vivre. Quand j'étais enfant on disait : « je compte pour du beurre » et encore, le beurre c'est déjà quelque chose…
SupprimerTu résumes en une phrase ma blessure centrale.
À ta question sur l'amour je réponds : il vaut mieux aimer, même sans retour. Ça s'apprend je crois, même quand on a été mal aimé. Disons que j'ai fait un long chemin en ce domaine. Ça prend des années. Mais c'est la vraie route du bonheur, non pas comme un but à atteindre, mais comme un constat que l'on fait à certaines heures.
Lorsque il m'arrive de dire à quelqu'un : je suis heureux que tu sois sorti de [tel problème]. Ce n'est jamais une formule. Je me réjouis vraiment de partager ce constat avec l'autre.
Quant à être aimé, je souhaite à chacun/e de croiser et/ou de s'attacher le cas échéant, à ces personnes aimantes, celles qui donnent et se donnent sans retour. Il y en a bien plus qu'on ne croit. J'en ai fait un livre de reconnaissance. Et je pourrais le reprendre car je suis loin d'avoir été au bout de ma liste.
Merci, Angedra, pour la justesse de tes propos.,
Si tu savais comme ton billet me touche et résonne en moi…
RépondreSupprimerMon « petit » frère (7 ans de moins que moi) dont j’étais la petite maman, qui se réfugiait toujours dans mes bras quand ça n'allait pas, avec qui je m’entendais merveilleusement bien… est en fin de vie. Il ne veut voir personne, ne m’ouvre pas sa porte lorsque je vais le voir. C’est dur, très dur, je te comprends.
Bises affectueuses.
Bien chère Praline, je te comprends aussi quand tu dis : c'est dur, très dur.
SupprimerCe petit frère qui bientôt s'en ira et s'est refermé comme une huître. C'est terrible à vivre, d'autant que tu évoques le lien fort entre vous.
Même s'il est à l'intérieur de sa coquille, parce qu'il est sans doute perdu en lui-même, et se réfugie là, garde en toi le petit frère et l'homme qu'il fut, parce que cela demeure aussi en lui, au fond de lui, même s'il en a perdu l'accès à l'étape où il en est.
S'il pouvait avoir encore la conscience claire, c'est ce qu'il manifesterait auprès de toi. J'en suis certain.
Je t'embrasse avec grande affection, chère amie.
Voilà que toi aussi ce tableau t'a marqué. Un hasard ? Sans doute pas…
RépondreSupprimerTa sœur aurait aimé être fille unique. Si elle savait ce qu'il en est généralement… je veux dire comme c'est difficile à vivre de l'être.
Tu as commencé à écrire à ce sujet, mais tu demeures trop seule avec ce qu'il faut bien appeler une épreuve de vie. J'avais hésité à publier en effet. Mais quand je vois les commentaires que j'ai tous lus avant de commencer à y répondre, je me dis que j'ai bien fait. Parce que je ne m'attendais pas du tout à des commentaires aussi fournis.
Cela me rappelle les groupes de paroles ou la rupture du silence en amène d'autres à oser parler et tous les bienfaits qui en découlent.
Fais ce qu'il te semble le mieux pour toi, mais ne reste pas seule. Sens toi bien libre, mais tu as mon adresse… et ton blog…
N'ayant eu ni frère, ni soeur, je trouve toujours passionnant ces liens qui nouent ou dénouent les frères et soeurs. J'ai moi-même deux enfants donc, cela aussi me plonge dans les relations frère/soeur. Merci pour votre texte et votre témoignange. Toujours téléphoner, oui, une très bonne idée, même si la relation...
RépondreSupprimerQuand je lis « n'ayant eu ni frère ni sœur », je me demande si j'ai vraiment eu un frère…
Supprimeril y avait « un grand » qui vivait à la maison, au deuxième étage, dans sa chambre, et que je voyais au repas discutant le plus souvent avec mon père…
cela dit, je comprends bien que vous exprimez autre chose, dont je vous remercie.
J'ai adoré ton texte. Moi j'ai eu et j'ai toujours beaucoup de chance dans la vie . 8 frères et soeurs qui s'entendaient et s'entendent à merveille, des parents aimants. Des 9 , 3 sont morts. Nous sommes encore 6. Je suis très proche des mes soeurs :2 plus agées que moi et 2 plus jeunes que moi. Merci à la vie. Charlotte (de Belgique)
RépondreSupprimerChère Charlotte, tu as plus d'une fois exprimée ta relation dans la fratrie. Et cela me réjouit toujours. C'est important aussi de témoigner que ce n'est pas nécessairement la petite guerre ouverte ou larvée dans une fratrie.
SupprimerMa fille aînée à cinq enfants et ils forment une famille à la fois très unie et très ouverte. J'ai aussi été témoin de la qualité d'éducation que les parents ont donnée. Ils sont tous des jeunes adultes, à part la petite dernière qui est la chouchoute de ses frères et en même temps à une personnalité bien affirmée.
Alors ça fait du bien de lire ton témoignage. Merci.
C’est
Supprimer"Il est parfois des souvenirs qui surgissent quand on ne s'y attend pas". Et ils sont parfois si "importants", la preuve ! Ton texte me fait battre le cœur, moi qui suis dans un "demi-silence" douloureux avec mon frère. Les "histoires de famille" sont bouleversantes. Texte beau, profond.
RépondreSupprimerMerci Nikole. Je souhaite profondément pour vous deux que vous trouviez le moyen de sortir de ce « demi silence ». Ne vois-tu pas une petite chose que tu pourrais faire pour avancer dans ce sens ?
SupprimerMalheureusement non, en tout cas pas pour l'instant, car je ne suis pas seule en cause. Mais merci.
SupprimerBonjour Alain. Ton texte est très touchant. Il dit avec pudeur ce que tant de relations fraternelles portent en silence : l’admiration mêlée à la blessure, la distance malgré le lien. On sent ton affection, ta lucidité, et ce besoin de garder le fil, même fragile. C’est beau et triste à la fois, profondément humain.
RépondreSupprimerMerci beaucoup, Dédé, pour ton commentaire qui résume avec beaucoup d'exactitude ce qui se vit entre mon frère et moi. J'ai mis beaucoup de temps à rédiger ce billet, je veux dire bien des jours à le remanier et à l'épurer.
SupprimerJe tenais à préserver nos humanités.
Merci encore
Ton frère ne sait pas ce qu'il manque. Ça me fait penser à Christiane Singer qui a été rejetée toute sa vie par son beau-père. Il n'avait pas les yeux pour voir la beauté, l'amour que les autres voyaient en elle. Lui voyait de l'exagération, de la fausseté même. Fallait il qu'il soit aveugle. C'est bien malheureux pour lui je trouve. Ton frère semble voir un peu plus clair mais son complexe de supériorité lui interdit sans doute de l'accepter. Kea
RépondreSupprimerOui, kéa, tu as raison, mon frère ne me connaît pas. Lorsqu'il a écrit l'histoire de la famille, un chapitre me concerne. Rien que du factuel, on aurait dit un article de Wikipédia inachevé. Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles ne me reconnaissent pas à travers ces propos-là.
SupprimerC'est triste, jamais il ne se laisse aller à montrer ses émotions. Encore moins par écrit. Cela manque, même si l'imposant ouvrage sur nos familles fut une réussite très appréciée, y compris par moi.
Mais moi, pourquoi n'ai-je pas réussi à lui manifester combien mon cœur l'aimait profondément ? Je ne sais même pas si je peux encore espérer quelque chose…
Je me surprends à penser que c'est trop tard… et ça c'est contre ma nature. Peut-être que ce billet et vos commentaires permettront d'entrouvrir quelque chose…
Ce que je ressens à travers ton texte, c'est que ce grand frère doit être bien malheureux pour en être là, à refuser une relation avec son frère... Tu sais (parce que tu me connais bien) que je traverse un peu la même chose avec ma soeur.
RépondreSupprimerJe ressens aussi que tu as malgré tout de la tendresse pour ce frère, et que tu cherches à comprendre (si ce n'est excuser) son attitude envers toi.
Tout cela n'enlève rien à ta valeur, qui est immense.
Tu te demandes pourquoi en parler dans ton blog ? mais pour la même raison que l'on écrit sur n'importe quel autre sujet : confronter des expériences, et se réconforter en réalisant que l'on n'est jamais le seul à éprouver une relation difficile avec un proche.
Comme tu le sais, l'écriture a un rôle thérapeutique non négligeable.
Je t'embrasse du fond du coeur.
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
En effet, j'ai écrit que je ne savais pas trop pourquoi publier ce billet. À présent je sais, par tous ces commentaires. Et aussi d'autres choses exprimées en privé. La valeur et la force du témoignage. Les vrais témoins sont aussi des enseignants à leur manière. Cela m'a rappelé d'autres témoignages entendus lors de conférences ou dans des groupes. À condition bien sûre qu'ils aient le parfum de l'authenticité, leurs marques demeurent en nous.
SupprimerLe malheur actuel de mon frère est de se couper de toutes les relations. Le vide s'installe autour de lui, ça me désole profondément. Personne ne mérite cela, ni lui, ni d'autres. Je connais certains événements traumatisants de sa vie, j'y ajoute la forte intuition qu'il y en eut d'autres qui sont demeurés dans le silence. J'ai quand même un peu étudié l'être humain et je sais reconnaître certains signes, fussent-ils imperceptibles.
« Nul ne guérit de son enfance » chantait Jean Ferrat et ses paroles sont si belles. Je retiens la finale comme une espérance :
« Ouvre tes bras ouvre ton âme
Que j’en savoure en toi le goût
Mon amour frais mon amour femme
Le bonheur d’être et le temps doux
Pour me guérir de mon enfance »
Merci d'être passée commenter. Je t'attendais. Nous savons ce qu'il en est de tout ce qu'il faut traverser. Nous y arrivons et nous y arriverons toujours. C'est l'une de mes convictions les plus profondes, fondées aussi sur les expériences, la mienne et celles d'autres personnes. Et il y a aussi ce que je te vois vivre toi-même. Le reste est littérature…
❤️
SupprimerImpossible de ne pas être touchée par ce billet.
RépondreSupprimerA en voir tous les commentaires, je vois aussi que cela ne laisse pas indifférents.
Nous avons tous et toutes une histoire singulière, d'amour et de désamour... d'accordage et de désaccordage affectif avec notre adelphie.
Impossible aussi de rester une lectrice neutre... par moment lorsque je lisais, je me disais : "ah... c'est cette expérience qu'il a vécu ?!"... et par d'autres moments... "Mince, ça résonne chez moi aussi."
Un moment tu écris :
« Je ne sais même pas dire s’il me manque ou non. »
Et comme un miroir avec mon propre frère... je me suis entendue me dire... C’est le langage du désaccordage affectif, ce moment où une part de moi flotte entre renoncer ou espérer à nouveau la connexion... Un entre d'eux (2) ou en moi... y'a du doute car je ne sais plus trop... Il y a ni attachement, ni rupture franche. Je ne peux rien affirmer... Cela touche chez moi une forme d'amertume, de désolation et et cette sensation d'être à la frontière de passer l'acceptation qu'à cet instant précis... c'est seulement cela que nous vivions.
Ta dernière phrase... "Je vais quand même tenter de lui téléphoner... "
laisse comme une petite trace d'espérance. C'est aussi cela qui nous tient parfois.
Merci AlainX.
Si tu ne sais pas trop pourquoi tu écrivais ce billet...
Je te dirai, que ce genre de billet, qui me touche le plus par ailleurs, peut me donner la sensation de me rapprocher d'une partie de qui tu es, de ton expérience, de ton humanité et aussi donc par résonnance de la mienne.
Cela reste un lien tissé par les mots... Donc merci.
Merci de partager ce qui se passe entre toi et ton frère. C'est comparable en effet, même si chacun reste avec ses singularités. Merci parce que ça m'aide à mieux me positionner encore. Si on ne se rend pas à l'acceptation du moment précis, alors aucun pas d'avancée n'est possible, même potentiellement, même si le pas en question se termine par du surplace.
SupprimerQuant à ma dernière phrase, je ne suis pas encore passé à l'acte. J'aimerais pouvoir dire autre chose que la banalité d'un « comment vas-tu ? » Et alors, je ne sais même pas ce que je pourrais bien dire. Quelque chose qui pourrait enclencher un autre chose…
Peut-être ne sait-il pas comment faire pour entrer en relation avec toi.
RépondreSupprimerTu me parais avoir un cerveau bien fait et bien rempli. Avec le sentiment de supériorité qui est le sien, il te perçoit peut-être comme un concurrent direct à sa propre intelligence. Puisqu'il fait tes éloges derrière ton dos (ce qui en fait un grand original, puisqu'en général, quand on parle dans le dos des gens, c'est pour les traiter de tout !), il doit te considérer, mais ne sait pas comment se positionner par rapport à toi, ne sait pas comment exprimer une possible admiration.
Bon, je fais sans doute de la psychologie familiale de hall de gare. Ne m'en veut pas. C'est un peu comme si on parlait ensemble et que je me mettais à penser à haute voix.
Breughel est très important dans la peinture de paysage. Je parlais pas mal de lui quand je donnais des cours sur le paysage dans l'histoire de l'art. Je pense que je suis meilleur là que dans la psychologie familiale !
Bonne journée et bon WE.
Salut Alain, J'ai commenté sans m'identifier et sans te saluer.... tu vois bien, en psychologie, je suis nul, un vrai goret je suis !
SupprimerNe te minimise pas, mon cher Gier, tu es loin d'être nul en psychologie. D'ailleurs toute ton œuvre d'artiste démontre ce soubassement de connaissances de la personne humaine dans beaucoup de ses dimensions, sa beauté, sa recherche de personnalité, ses failles comme ses transcendances.
SupprimerEt ce que tu écris dans le premier paragraphe de ton commentaire m'interpelle fortement. Tu provoques en moi des réactions du style de l'inspecteur Bourrel dans « les cinq dernières minutes », feuilleton célèbre les années 1970/80 : « Bon sang ! Mais c'est bien sûr ! » lorsqu'il avait enfin trouvé le pourquoi du comment.
La clé que je vois plus clairement : ni lui, ni moi, n'avons jamais su nous positionner correctement dans notre relation. Ça m'apparaît tout d'un coup comme évidence ! Il n'y a que des porte-à-faux, sauf en certaines circonstances, généralement liées à des événements familiaux de type décès ou grave épreuve.
Ni l'un ni l'autre ne sommes capables d'exprimer l'autre notre admiration où des sentiments positifs l'un par rapport à l'autre. Pas plus d'ailleurs que des désaccords ou toutes les raisons externes qui ont fait nous éloigner l'un de l'autre.
Alors merci d'avoir écrit ce que tu penses comme si nous étions face-à-face.
Je vais chercher sous quel angle inédit je pourrais engager quelque chose dans ce sens.
On peut avoir un frère aîné sans avoir jamais eu de grand frère... C'est comme l'amour parental, il n'est ni automatique ni obligatoire. L'amour filial non plus d'ailleurs. Les liens du sang n'ont guère de sens quand il s'agit de sentiments. Les liens du cœur n'ont rien à voir avec un code génétique. Eux sont puissants. Bien sûr ils peuvent aussi se tisser au sein d'une famille, mais c'est beaucoup moins fréquent qu'on ne le croit. Tiens, cadeau https://youtu.be/wRQEfN8PGYI?si=_2GzgSJjPJczuC_N
RépondreSupprimerOui oui bien sûr il force le trait, mais pas tant que ça ;-)
La Baladine
Tout d'abord te dire que je suis content et me réjouis de te voir passer par chez moi… ça faisait longtemps !
SupprimerD'autant que je trouve ton commentaire très juste.
Je dois certainement être imprégné, insuffisamment consciemment d'ailleurs, que les liens familiaux doivent être forts et le demeurer. Alors que les exemples foisonnent autour de moi de l'inverse, et que quand j'aidais les gens à voir un peu plus clair en eux, je ne faisais que le constater. Combien de personnes ai-je invitées à s'éloigner de certains liens du sang néfastes et même plutôt destructeurs.
Cependant l'inverse est tout aussi vrai. Les liens du sang sont parfois les seuls qui restent fidèlement, même si c'est par obligation morale, c'est mieux que rien.
(La chanson est exagérée sans pour autant être outrancière…)
Merci beaucoup pour ton commentaire en espérant te revoir chez moi plus souvent…
Je découvre seulement ton billet...Alain.
RépondreSupprimerJ'étais en train de régler des formalités pour...un héritage.
C'est dire si la fratrie est au coeur de mes préoccupations en ce moment.
Je n'ai pas non plus un lien très complice avec mes soeurs.
On est très différentes, surtout dans nos centres d'intérêt.
Le décès des parents rapproche...et en même temps, réveille des tensions.
Mais bon, globalement, on y arrive.
Je crois que le lien fraternel est toujours, toujours ambivalent...
Entre amour, envie, vieux griefs, chacun lutte pour sa place dans la famille
et pour un peu de reconnaissance, ça ne peut pas être simple.
Quand on est proches en âge, c'est la jalousie qui domine...
et quand il y a une grande différence d'âge,
le risque c'est de se "manquer"...(au sens de "rater")...
par manque de souvenirs partagés.
J'ai lu il y a deux ou trois ans un livre d'Olivier Adam qui traitait bien de la complexité
des relations fraternelles.
J'ai oublié le titre, désolée...
Amitiés
Tu as raison sur l'ambivalence des liens fraternels.
Supprimer« On ne choisit pas sa famille » chantait Maxime le Forestier. Elle s'impose. J'ai longtemps cru qu'il fallait absolument que j'engage un jour une « belle relation » avec mon frère… pour l'unique raison qu'il était mon frère… comme si cela devait aller de soi, la nature des choses en quelque sorte.
« Va d'abord te réconcilier avec ton frère » dit-on dans la Bible.
La relation à mon frère n'a jamais été simple. Et je vois bien qu'il en est ainsi dans beaucoup de familles. Les commentaires en témoignent. La vie « en live » tout autant.
C'est peut-être qu'en acceptant pleinement ce réel que quelque chose de différent peut finir par naître.
Tu dis « se manquer ». Une petite lueur lointaine m'apparaît. Aller vers lui comme si c'était une première fois. Une rencontre neuve. Et d'une certaine manière il y a quelque chose d'exact là-dedans.
Alors merci pour ton commentaire. (Et la référence du livre).
Ah si, ça me revient...c'est "Dessous les roses".
RépondreSupprimerFigures-toi qu'on m'a fait à peu de chose près le même coup du bébé. J'avais onze ans j'avais été fille unique toute ma vie. Mes parents venaient de divorcer, j'avais perdu ma mère au profit d'un gougnafier qui me voyait comme une rivale. Et voilà qu'un jour ces deux idiots m'annoncent la mine joviale que je vais avoir un petit frère ou une petite soeur. Mon monde a alors terminé de tomber en ruines. Pourtant quand elle est arrivée je l'ai immédiatement adoré. Deux autres frère et soeur plus tard et le temps passant j'ai bien dû me rendre à l'évidence qu'ils formaient un "clan" où je n'étais pas convié. J'étais "la fille de l'autre". Et bien que mes soeurs démentent régulièrement le fait, par des détails, des cachotteries parfois, je sais que je ne me trompe pas. Je crois quand même être assez fine pour remarquer quand on tente de me rouler dans la farine. Aujourd'hui je suis trop vieille pour me focaliser sur leur goût pour le "clan", je fais abstraction de mon coeur qui se serre et je vais de l'avant. Que peut-on faire d'autres face à des personnes qui nous refusent? Pas grand'chose en vérité et en plus c'est fatigant....
RépondreSupprimerMerci pour ces confidences qui me permettent de te comprendre un peu mieux.
Supprimer« La fille de l'autre », oui, bien sûr… voilà une réalité. Tes sœurs démentent, c'est peut-être à entendre aussi. Mais ce que toi tu ressens… c'est ce que tu ressens… on n'a pas la maîtrise des ressentis, on peut simplement tenter d'analyser et s'ajuster si besoin.
Je retiens aussi la finale serais « pas grand-chose en vérité »… c'est juste !