jeudi 7 janvier 2016

L’épreuve des maux, les preuves des mots.


L'autre jour, en présence de plusieurs personnes :
L'une d'elle fait part d'un événement tragique parce qu’il la touche au cœur.
J'observe les réactions de chacun.

— Il y a ceux qui réagissent avec leur sensibilité quelque peu compatissante. Ils ne vont pas chercher très loin leurs paroles balbutiantes. Ça sort du haut de la poitrine, de la gorge, de l'émotionnel vibratoire avec des mots qui s'étranglent un peu. Le message émis est relativement pauvre. Cela ne veut pas dire qu'il ne soit pas sincère au niveau où il est cueilli.

—Il y a ceux qui n'ont pas de mots, mais quelques gestes accompagnés de silence. Une main sur l'épaule, à moins que l'on ne saisisse celle de l'autre pour la prendre entre ses deux mains à soi, ou alors un baiser sur la joue. C’est une manière de dire quelque chose… mais quoi ? On montre ainsi qu'on n’a pas vraiment l'accès aux mots qu'il faudrait. Parfois on balbutie un : — je ne sais pas quoi te dire… et puis voilà…
Ainsi la personne dans la douleur et l'épreuve reste seule et livrée à elles-mêmes pour interpréter selon ce qui lui conviendra sur l'instant.

— Il y a les cérébraux, qui ont renoncé à ressentir depuis longtemps. Le sentiment brouille trop la pensée discursive. Il leur suffit d’ouvrir leur encyclopédie cérébrale à la bonne page (ils avaient déjà mis un signet), pour réciter les propos convenus pour l’usage : personne dans l’épreuve force 5 (force 1, étant petite épreuve ; force 9, étant épreuve majeure très douloureuse). Sitôt proférés les mots pré-cuits, sitôt les mots oubliés.

— Il y a ceux qui prononcent des mots qu’ils sont allé chercher dans la profondeur d’eux-mêmes là où l'émotion est dépouillée de la sensiblerie. On entend  dans leur voix que cela vient de loin. Sortent alors les mots justes et adaptés, différents des propos  dits « de circonstance ». Des mots en adéquation avec la personne et avec la circonstance difficile ou douloureuse.  La personne subissant l'événement tragique s'en souviendra pendant très longtemps…

J’ai repensé à mes propres épreuves de vie.

J’ai retrouvé tout ce panel de réactions…

14 commentaires:

  1. Talentueux sont les gens qui sont dans la quatrième posture.

    Je suis plutôt dans la deuxième... un réconfort par la présence tactile, prendre dans mes bras, comme consoler un tout petit enfant qui n'a pas accès à la compréhension du langage mais pour qui le contact, la gestuelle est de première importance...

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    1. Si on connait la sensibilité de l'autre aux gestes cela peut-être la bonne attitude.
      Pour ma part je n'aime pas l'entourement asphyxiant, il ajoute à ma souffrance. La caresse des voix justes m'est bénéfique.

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  2. Certains sont dans une catégorie alors qu'ils aimeraient tellement être dans une autre, mais ils peuvent pas, c'est un genre de handicap aussi, de ne pas avoir les bons mots, ou la bonne attitude...
    Et en fait je crois que je n'entre dans aucune de ces catégories, j'ai une autre réaction encore.

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    1. une autre réaction....
      mais tu ne dis pas laquelle ....

      Tu as raison sur ce handicap. Mieux vaut s'abstenir quand on en pâtit. J'ai des souvenirs cruels au temps de l'épreuve de jeunesse, vis a vis des gens totalement à côté de la plaque face à ma souffrance....

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  3. Anonyme7/1/16

    Très intéressant Alain !
    À part le style cérébral, je me retrouve parfois dans une catégorie parfois dans l'autre. Évidemment j'aimerais baigner constamment dans la dernière catégorie que tu mentionnes. Alors, les mots se prononcent d'eux-mêmes et sont nouveaux autant pour soi que pour l'autre. Pour que cela se produise il me faut habiter les profondeurs de moi-même... là où coule l'eau vive. Pas de réchauffé à cet endroit. Cela demande d'entrer dans un momentum entretenu par une pratique quotidienne. Il n'y a rien qui ne demande un certain effort. Quand j'y suis, j'ai la ferme intention d'y rester toujours, et... ensuite j'oublie... et reviens... et oublie. Cela dépend de moi, je peux m'y établir pour de bon. kéa

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    1. Je ne sais si on est en capacité d'habiter en permanence les profondeurs de soi....
      Pour ma part ce n'est pas le cas. Mais ce qui est possible c'est d'aller les rejoindre volontairement, surtout quand c'est nécessaire. Ce qui suppose de les connaitre, les avoir fréquentées suffisamment, connaitre cette "maison intérieure" et en être familier.... Là, c'est un long apprentissage....

      Je peux juste évoquer ici l'un de mes maitres à vivre (avant je disais ... à penser....), chaque fois que je l'ai côtoyé il vivait à partir des profondeurs de son être. Comme une permanence. De l'acte ordinaire (le geste "habité" pour faire le café....), à l'expression de sa pensée intense.
      Je suis loin d'y être ...
      Mais cette "permanence" semble accessible.....
      J'ai peut-être encore quelques années à vivre pour y parvenir....

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  4. Difficile effectivement d'avoir la bonne attitude et les bons mots devant quelqu'un qui a subi une rude épreuve. Je crois que selon les circonstances et la personne que nous avons en face de nous, nous pouvons être dans tous les cas que tu cites. Ce que je sais c'est que même si on se souvient toujours des paroles chaleureuses et profondes, on naît seul, on vit seul (même entouré) et on meurt seul. Ceci dit, la chaleur humaine fait du bien.

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    1. Mon billet n'est pas exhaustif sur toutes les attitudes possibles, évidemment.
      Et en effet nous sommes "seul" face à la souffrance, mais aussi "seul et en présence"....

      J'ai évoqué les mots justes.
      Les gestes aussi peuvent être justes et également le silence.
      Un ami (mort depuis) fut victime d'un cancer au temps de nos jeunesse. A l'hôpital, je lui rendais visite. Souvent je restais assis à coté de lui, en silence. Nous échangions par nos regards....
      J'avais une trentaine d'années. J'en ressentais un malaise de ne rien dire, de ne savoir rien dire de "juste"....
      Plus tard il me remercia : - Tu m'a tellement aidé quand tu venais, ça me faisait du bien
      Comme quoi ! Les mystères de la relation...

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  5. Charlotte8/1/16

    Il y a aussi toutes sortes de réactions face à une bonne nouvelle. Ainsi quand je suis tombée enceinte de mon cinquième enfant 10 ans après la naissance de ma quatrième. J'ai eu droit au pire comme au meilleur.Alors que je m'inquiétais, auprès d'une très proche, de mon âge ( 42 ans) elle m'a dit : "Ne t'en fais pas, tu feras peut-être, une fausse couche !"
    Ou une bête question d'une autre très proche:"Tu comptes le garder?!"
    J'ai eu droit aussi à des félicitations empreintes de pitié avec:" Voilà la plus courageuse de la famille!"
    Je ne les ai pas oubliées. Le meilleur fut l'énorme bouquet de fleurs que mon mari m'apporta le soir et le saut dans mes bras de mon fils aîné âgé alors de 18 ans qui nous fit tomber tous les deux par terre de joie sur la moquette !

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    1. Les réactions que tu cites en premier venant de personnes qui te sont proches, en conséquence je préfère ne pas les qualifier...
      En revanche, Il se fait qu'au réveillon du 31 décembre, un de nos amis, devenu récemment une nouvelle fois grand-père, chez l'un de ses enfants. Cette famille n'avait pas prévu cette nouvelle naissance un peu tardive. Il nous a raconté l'immense joie pour toute la famille, combien il était heureux, et combien cela avait approfondi les relations familiales.

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  6. Je me sens souvent complètement submergée et impuissante par rapport à la souffrance d'autrui, et, je n'ai pas honte de le dire, ce handicap est lui aussi une souffrance.
    Aussi, après avoir de nombreuses fois expérimenté la difficulté de trouver les mots, je m'en tiens à la deuxième façon, tactile. je serre les gens dans mes bras, je leur prends la main, je fais circuler l'énergie.
    Ce qui est évidemment impossible sur un blog...
    Bisous célestes
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Il y a quelque temps, une nana chantait "je vais prendre ta douleur" ... La mélodie était plutôt belle, et la nana avait une voix un peu éraillée et de circonstance dans le coté : je cause, mais le ferai pas...
      En premier parce que la douleur, elle ne la prendra pas, faut pas pousser quand même "en vrai"... et en second ça enlèvera pas celle de l'autre...
      J'avais pensé : quelles paroles àlacon !!!

      Je comprends très bien : être submergée et impuissante.... C'est sans doute parce que l'on croit qu'il y aurait "quelque chose à faire".... (je ne parle pas ici des solutions médicales évidemment ...) donc on se laisse atteindre et c'est alors une forme d'impuissance par submersion émotionnelle. On se met à fusionner avec la souffrance de l'autre...
      Donc on souffre forcément du manque d'aptitude à trouver la juste distance...
      Je me demande souvent si ce n'est pas une perception erronée de "la compassion" qui veut dire étymologiquement "souffrir avec".... mais dans le réel ce n'est pas du tout de ça dont il s'agit....
      Vouloir prendre la souffrance de l'autre c'est se réduire à l'impuissance...
      Seule la présence aimante issue du coeur en Paix (même devant l'autre souffrant) peut apaiser l'autre par osmose bienfaisante.
      C'est sans doute tout un apprentissage.....
      Il y a au moins une chose qui semble apparaitre : tu aurais pas pu être psy !! (et sans doute pas médecin...)
      :-)

      Quant à être serré dans les bras, Très bien dans bien des circonstances. Mais il est des gens qui ne le supportent pas en situation douloureuse.... (moi, par exemple ! ...)
      Mais si c'est pour un câlin..... je suis preneur !!!
      :-)

      Bises non souffreteuses !

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  7. J'avais zappé ce texte si realiste. 1- je me suis bien reconnue, 2- j'ai revu les situations lors de ma terrible epreuve 3- j'aurais une nuance... tes cerebraux sont les gens à sang de serpents: les politiciens, les vrais cerebraux sont déboussolés devant la detresse des autres., non? C'était bon de te lire car on ne pouvait pas s ' arreter aux seuls mots, il fallait aller chercher en nous de la raisonnance comme en physique!

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    1. J'ai plutôt tendance à penser que les vrais cérébraux, sont ce que j'en dis (partiellement évidemment...), ceux que tu évoques, me semblent plutôt des cérébraux-sensibles qui utilisent beaucoup d'énergie à geler leurs affects, mais fondent devant certaines situations... qui les liquéfient et même ça peut devenir ébullition mal contrôlée....... sans avoir accès à leurs profondeurs sensibles où la sensibilité s'ajuste à la situation de manière ...ajustée.. justement !!
      :)

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