J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 24 février 2020

Brève rencontre


Le devoir du lundi (Le Goût)

Si vous commenciez votre devoir par : 
« Distendu, ralenti, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal. »
Le terminiez par :
« Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains. »
Tout ça en brodant pour lundi une histoire autour de cette aquarelle de John Salminen.
Ça vous dit ?





Brève rencontre

 Distendu, ralenti, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal.
 — Vous vous souvenez de cette chanson ?
— Pas du tout ! Je pense que c'est la première fois que je l'entends, que je lui ai répondu.
C'était ce genre de femme pas vraiment belle, mais avec quelque chose qui attirait le regard sans que l'on sache véritablement pourquoi. Et justement moi j'aime bien trouver les réponses aux pourquoi. 

Il y a à peine une heure je marchais le long du boulevard qui sentait l'automne après la pluie. Je traversais une époque de célibat après ma rupture avec Mélanie, qui avait quand même été assez sanglante et mon cœur saignait encore. Comme souvent je marchais sans but. Devant moi une femme ordinaire presque quelconque. Où allait-t-elle ? Pourquoi était-elle devant moi ? Toujours mes pourquoi idiots ! Bientôt elle rentrera dans un grand magasin et je poursuivrai mon chemin d'errance.

Brusquement elle se retourna.
— Qu'est-ce que vous me voulez à la fin !
— Mais rien ! Je marche derrière vous. C'est interdit ? Vous voulez que je change de trottoir ?
— Non, bien sûr, excusez-moi j'ai cru que vous me suiviez et que vous…
— Moi vous suivre ? Et pourquoi donc ?
— Vous savez, à Paris, les hommes parfois… excusez-moi !
 Elle me tourna le dos et reprit sa marche mais cette fois d'un pas un peu plus rapide.
J'ai accéléré à mon tour. Cette fois l'envie de la suivre me prenait. Très vite elle s'en aperçut et se retourna à nouveau.
— Vous voyez bien que vous me suivez ! Vous n'êtes pas correct !
— Et si je marche à vos côtés, ce ne sera pas vous suivre. On peut échanger quelques mots, comme ça, simplement. 
Elle ébaucha un sourire. Un pâle sourire.
— Vous êtes un homme bizarre, vous ! Mais bon, je vous préviens, je suis mariée.
Elle aurait pu me dire : vous savez j'ai une ceinture de chasteté, c'eut été pareil ! Comme si les hommes ne pensaient qu'à ça. Bon d'accord, ils y pensent. Mais pas forcément H24 ! Si ?

On a fini par prendre un verre à « l'oursin à pédale ». Un truc à la mode où il y avait foule. Et en même temps c'était assez discret grâce à l'agencement. Ils avaient ressorti des banquettes à l'ancienne avec un petit juke-box individuel comme on n'en faisait plus depuis des lustres. Un truc à pièces : elle en a mis une et a lancé « Avril au Portugal ». Ça disait : je vais te raconter ce qui m'est arrivé sous un ciel ou l'été s'attarde. Et elle a commencé à me raconter sa vie. Elle n'était pas mariée. Exit la ceinture de chasteté. Disponible ? Peut m'importait. Je pensais encore trop à Mélanie.

A-t-on échangé des choses intéressantes ? Pas vraiment. On a parlé un peu de tout. Surtout de rien. Enfin, rien de vraiment intéressant à mes yeux. Pourquoi avais-je proposé de prendre un verre ? Pourquoi avait-elle accepté ? Toujours des pourquoi sans réponse ? Pourquoi Mélanie était-elle partie ? Ça c'était un pourquoi important. Sans réponse ma vie s'était arrêtée. Ce n'était ni cette femme, ni personne qui pouvait me la donner. Pourquoi j'attendais qu'elle vienne d'ailleurs cette maudite explication ?

Je regardais ses yeux avec ce sentiment qu'elle n'habitait pas son regard. Elle était ailleurs. Comme moi. Deux ailleurs qui n'avaient rien à se dire vraiment. Elle regarde mes mains. C'est vrai que j'avais des belles mains. Enfin Mélanie trouvait que j'avais des belles mains. Moi je ne savais pas.. J'ai proposé de reprendre un verre, elle a dit non merci faut que j'y aille. J'ai failli répondre : et vous allez où ? Mais je me suis retenu. Elle a proposé de partager l'addition. J'ai acquiescé. Des fois qu'elle aurait encore cru que c'était un plan drague.

On s'est levé, dirigé vers la sortie. Quelle banalité. Quelle journée de perdue. Une tristesse infinie me montait jusqu'aux joues. Sur le pas de la porte j'ai un peu tendu la tête comme une tentative de lui faire la bise. Elle a reculé la sienne. J'ai dit :
— Bon alors au revoir, on se croisera peut-être une autre fois sur ce boulevard ?
— Qui sait ? A-t-elle répondu, sans conviction.
Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains.


36 commentaires:

  1. Marché derrière les gens, une belle idée. Je commence dès demain.
    En tout cas cette lecture-promenade au rythme des pourquoi sans réponse m'a fait passer un bon moment. Au fait, pourquoi - je vous suis - ces mains ?

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    1. Alors, si ce fut un bon moment, c'est l'essentiel !

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  2. J'aime beaucoup cette histoire qui semble plutôt commencer que finir...

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    1. Ça, on ne sait pas ! Les avis semblent partager dans les commentaires suivants !
      Il est vrai que le destin est parfois surprenant…

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  3. Contrairement au Goût, je pense qu'elle ne commencera jamais.

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    1. Pour l'immédiat, le narrateur ne semble pas le laisser présager…
      mais s'il y a une suite !… Qui sait ?

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  4. Je suis comme Heure Bleue, ils ne semblent vraiment pas attirés l'un vers l'autre !

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    1. Pour l'instant cela fait un pour et deux contre !

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  5. J'aime bien les rencontres de hasard, sans arrière pensées. Ton histoire est de celles qui me ravissent...

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    1. En effet, les protagonistes ne semblent pas voir là le début d'une grande histoire d'amour ! Ni même d'un plan pour un soir !

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  6. Je pense aussi que c'est une rencontre qui n'aura pas de suites... Mélanie occupe encore ses pensées et elle est restée indifférente.
    Mais Alain guérira et il fera une autre rencontre qui se prolongera.

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    1. Alain?
      Ma petite histoire n'a rien d'autobiographique…
      sauf l'évocation d'un bistro des années fin 60/début70 ! C'était « notre QG » mais nous étions toute une bande d'étudiants en droit.

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  7. aller boire un verre avec un type qui vous déplaît et qui vous suit dans la rue, allez donc raconter ça aux flics, quand ça se sera mal terminé ;-)

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    1. Je pense plutôt que c'est la rencontre de deux indifférences, avec peut-être un certain fond de « pourquoi pas », mais finalement sans y croire…

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  8. COMMENTAIRE DE GAZOU
    ------
    Oui, c'est une histoire qui commence....Comment finira-t-elle? On peut
    tout supposer...Ils ont passé un moment ensemble, c'est tout...ils n'ont
    pas su être authentique, ils n'ont pas su se révéler ni à l'autre ni à
    eux-mêmes...Une rencontre qui ne s'est faite qu'en apparence

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    1. Intéressant ce que tu dis, encore plus si on croit qu'il n'y a pas de rencontres par hasard. Mais sur quoi cela peut-il déboucher ? Se revoir lors d'un autre hasard ? Ou tirer chacun pour soi des enseignements personnels de ce genre de situation ?

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  9. J'aime beaucoup. Une rencontre qui ne rencontre rien, qui n'apporte rien sauf qu'elle mange un peu de temps de solitude, peut-être. Une petite musique qui passe...

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    1. Un texte sur les tristesses de l'ordinaire. L'impossible rencontre parce qu'on n'y est pas ouvert. Et cependant… on est allé dans un bistro ensemble !
      Solidarité inconscient des désespérés ?
      Une lecture parmi d'autres…

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  10. Charlotte24/2/20

    Je ne crois pas qu'il y aura une suite. Se sont ils échangé leur numéro de portable ? Si oui alors peut -être .

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    1. C'est vrai que désormais si on n'a pas de portable… les rencontres deviennent impossibles !
      ;-)

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  11. voici l'exemple d'un anti-texte: il ne se passe rien, (comme on est en droit de l'espérer quand on lit un texte littéraire) aucune conviction ni espoir dans cette rencontre
    tu le dis bien: "Deux ailleurs qui n'avaient rien à se dire vraiment"
    Et pourtant ce texte est "littéraire"! il renferme des pépites,comme
    - Je regardais ses yeux avec ce sentiment qu'elle n'habitait pas son regard. Elle était ailleurs. Comme moi. Deux ailleurs qui n'avaient rien à se dire vraiment
    J'aime bcp ton texte Alain, ce n'est pas évident d'écrire un texte sur des pourquoi sans réponse...

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    1. Merci beaucoup, Coumarine, pour ce beau commentaire. De ta part évidemment il me touche, compte tenu de tes aptitudes à apprécier les textes écrits. Au passage je regrette que tu n'animes plus d'ateliers d'écriture sur le net. Tu émettais des appréciations très pertinentes.
      J'ai toujours envié les « petites nouvelles » ou apparemment il ne se passe rien ou pas grand-chose. (Certains films aussi dans ce genre). Mais en réalité beaucoup de choses étaient dites à travers ça. Or mon texte y ressemble un peu, sans vraiment que je m'y attende.
      Bon, j'arrête là l'étalage de mon ego…

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  12. parfaitement réalisé ! Mais peut-être que cette rencontre aurait pu aller plus loin...

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    1. En effet, cela pourrait être le point de départ d'autres choses.
      Aller plus loin dans l'exploration de la « non rencontre » qui pourrait finir par déboucher sur…??? Ce que l'inspiration du moment me donnerait…
      Merci d'être passé par ici.

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  13. Voilà ce que c'est que d'avoir le temps de flâner sur le boulevard : on le perd son temps !
    Remarque que pister une dame n'est pas toujours de tout repos, je l'ai déjà raconté (d'ailleurs tu étais parmi les commentateurs).
    http://presquentrenous.canalblog.com/archives/2014/08/26/30476139.html

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    1. Ah oui ! Je me souviens.
      Alors elle fonctionne toujours à l'heure cettr oméga ?

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    2. Si on pense à remplacer la pile, tout baigne !

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  14. Anonyme25/2/20

    La rencontre de deux âmes en peine parce qu'elles transportent toute les deux un boulet qui les empêche d'être là où elle sont. Quel tristesse de perdre du temps si précieux à être ailleurs que là où on est ! Peu en importe la raison elle n'est jamais justifiée. kéa

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    1. julie26/2/20

      D'accord avec toi, Kéa :)

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    2. @ kea
      Tu as raison, hélas !
      Combien de rencontres entre personnes qui en réalité ne sont pas là…
      Avec la modernité, on le fait savoir à l'autre clairement : on regarde son écran de Smartphone et même on répond à un lointain qui tout à coup est présent.
      Drôle d'époque !

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  15. Moi, c'est le "je suis mariée" qui me fait marrer ! Comme si le mari était champion de boxe !
    Quant à la réponse à tous ces pourquoi ? Ben, parce que ! ♫♫♫

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    1. Tu m'as fait rire deux fois !
      Avec le boxeur — et puis la chanson de Carlos que je ne connaissais pas…
      donc double merci !

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  16. julie26/2/20

    Les mains... parce que l'annulaire gauche garde à sa base un sillon bien marqué de l'alliance :)
    Beau moment de lecture, merci Alain !
    Bonne journée. Bises.

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    1. Ah ! J'avais pas pensé à ça !
      Tu parles d'expérience ? ;-))

      Merci, Julie, et Belle journée à toi aussi.

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  17. Parfois après coup on pense "j'aurais du faire comm'ci, comm'çà, j'aurais du lui dire ci, çà...... mais il le dit lui même "je pensais trop à Mélanie" . J'ai envie de répondre (oui, je sais c'est facile) vu l choix du bar, qui s'y frotte s'y pique .

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    1. Tu as raison, souvent on se refait le film après coup…
      Malheureusement, la séquence est passée. La question que l'on peut se poser : mais qu'est-ce que mes personnages recherchent « vraiment » ?
      Peut-être une aventure à laquelle ils sont bien assez décidés par avance qu'elle ne se réalise pas…

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