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lundi 27 avril 2020

Le jour d'après.






La consigne du Lundi chez "Le Goût"


La soirée est agréable.
Trois hommes et une femme semblent passionnés par leur conversation.
Sur quoi peut-elle bien porter ?
Racontez donc cette conversation et les répliques qu’elle vous a inspirées.
-o0o-




Le jour d'après.

Mélanie : — Je vais finir par penser que c'était mieux avant, songea Mélanie, je veux dire au temps du confinement. On échappait à toutes ces mondanités. Au moins on m'écoutait lorsqu'il y avait une réunion sur Skype, il n'y avait pas Thibault qui tentait de me faire du pied sous la table en nourrissant des espoirs farfelus. Il n'essayait pas non plus sans arrêt de me toucher les épaules sous prétexte que c'était un geste amical et de camaraderie. Je t'en foutrais, moi, la camaraderie ! Un plan-cul, voilà ce qu'il cherchait . Mais à présent, retour à l'ordinaire fade, le répétitif, les cocktails des gros contrats. La routine a repris le dessus. Lamentable !
Évidemment ils parlent entre eux, entre mecs, et moi je dois reprendre ma place d'assistante  de direction qui se coltine tout le boulot qu'ils n'ont pas envie de faire. J'ai pourtant d'autres ambitions pour ma place dans cette boîte !

Thibault (derrière ses lunettes) : — Elle n'a pas lésiné sur le décolleté Mélanie. Je ne sais si c'est de la provocation ou de la naïveté. Une allumeuse ou une fille nature. N'empêche, je suis dingue de cette femme. Depuis le premier jour où elle a débarqué dans mon service. Sauf que je ne sais pas comment m'y prendre, et je multiplie les conneries dans mes tentatives d'approche. Elle doit penser que je cherche une aventure passagère. Et moi j'ai la conviction que c'est la femme de ma vie. Seulement premier hic : je suis son DRH. Et  deuxième hic : je suis marié.

Hervé (moustachu) : — Ils constituent une belle brochette ces trois-là. Ils seraient surpris s'ils connaissaient le fond de ma pensée concernant leur place et leur avenir dans la société que je dirige. Les six mois de confinement ont eu du bon. Les longues visioconférences que nous avons eues m'ont permis de les jauger bien plus et bien mieux que dans les réunions officielles dans la grande salle du conseil d'administration. Là je les ai vus dans leur environnement, chez eux. J'ai aperçu leurs femmes, leurs progénitures, j'ai vu Mélanie sans maquillage, pas très bien coiffée, Thibault incapable de maîtriser ses gosses qui venaient faire des grimaces derrière lui mais devant la caméra de l'ordinateur. Et je ne parle pas de Serge, en face de moi, les traits tirés, fatigué, son mal de dos, parce qu'il bossait assis sur son lit, l'ordinateur sur les genoux. J'ignorais qu'il vivait dans un appartement aussi petit mais surtout qu'il fallait avoir des goûts de WC pour l'agencer tel que je le voyais.

Serge (de dos) : — Enfin on a pu reprendre une vie normale. C'est pas trop tôt. J'avoue que ça me manquait ces mondanités. Je sais que certains n'aiment pas. Moi j'adore. On peut y faire des rencontres intéressantes. Le confinement ça commençait à bien faire. De l'air ! De l'air ! Ils furent pénibles ces six mois dans mon petit appartement. Et puis je suis sûr qu'Hervé s'est aperçu dans quoi je vivais. Ce minable logement, malgré mon salaire conséquent, il a dû penser que j'étais un radin, digne d'Harpagon. Je ne pouvais pas quand même lui indiquer le montant de mes dettes de jeu au poker. Une vraie addiction. Je ne sais même pas comment je vais m'en sortir et même si j'y arriverai un jour. C'est terrible.

***

Dans les jours qui suivirent ce cocktail de reprise, Hervé, le PDG, les convoqua tous les trois dans la salle du conseil d'administration. Il annonça à tous son intention de licencier Serge, à raison de son incompétence à gérer l'ensemble des personnels des filiales du groupe de manière efficiente pendant les six mois de confinement. Celui-ci tenta de se justifier lamentablement, mais il vit bien dans le regard d'acier trempé d'Hervé que toute discussion était vaine. Serge songea que décidément toute sa vie aura été un désastre.

Hervé proposa à Thibault de prendre la direction de la filiale asiatique de l'entreprise. Thibault se montra réticent, non pas qu'il craignait ne pas avoir les compétences nécessaires, mais il pensait avec horreur qu'il se retrouverait ainsi loin de Mélanie qu'il convoitait pour engager avec elle une nouvelle vie. Certes elle n'en savait encore rien, mais tout allait se faire, il allait bientôt lui parler ouvertement, c'était certain. Thibault compris cependant que refuser l'offre n'était même pas envisageable. Il regarda Mélanie avec une sorte de tristesse, accentuée par le fait qu'elle semblait excessivement réjouie de son départ. Tant pis. Après tout, d'ici quelque temps, là-bas, une belle asiatique… pourquoi pas… de toute façon il était décidé à divorcer.

Hervé, se cala un peu plus dans son fauteuil de PDG et s'adressa à Mélanie, la regardant droit dans les yeux. — Mélanie, j'ai beaucoup apprécié vos idées novatrices telles que vous avez osé les exposer dans nos journées de travail sur Skype durant le confinement. Vous m'avez particulièrement étonné. Vous avez de l'étoffe et de l'ampleur. J'ai décidé de vous nommer Directrice Générale, à compter de ce jour. Votre salaire sera évidemment augmenté en conséquence, ainsi que le pourcentage de votre participation aux bénéfices du groupe.

Sur ces paroles, Hervé se leva prestement, se dirigea vers la porte et sortit en la refermant derrière lui. Il y eut un claquement sec, suivi d'un trop long silence.

Les trois autres se regardèrent tour à tour sans dire un mot. Ils commençaient à peine à prendre vraiment conscience de la nouvelle réalité.

-o0o-

40 commentaires:

  1. J'admire ton politiquement correct: Moi j'aurais parlé de "goûts de chiotte" pour l'agencement de l'appartement de Serge.
    Moral de l'histoire pour une femme: Porter un décolleté peut servir. :-)) Finalement, rien ne change dans ce bas-monde. Par contre, je plains Thibault... Il va devoir se coltiner des virus à n'en plus finir s'il part en Chine.
    Bonne semaine.

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    1. Ah le changement !
      C'est une savante technique bien rodée depuis toujours de modifier les choses à la marge en faisant croire qu'il pourrait s'agir des prémices d'un changement qui a pour caractéristique principale que tout reste pareil !
      Mais sinon, tout va bien !

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  2. Pardon, je parlais bien de morale avec un E.

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  3. Ton devoir est très sage et, ainsi que le dit Dédé "politiquement correct", alors que le mien est "politiquement décoiffant" !
    Bonne journée confinée !

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    1. Donc c'est réussi ! J'ai pu bien dissimuler le côté très crapuleux du patron !

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  4. oui en effet, ton devoir est "sage" aujourd'hui!
    De l'art d'éliminer celui qui est dans le chemin (Thibaut)
    De l'art de complimenter celle qu'on aimerait plus "proche"
    Et de l'art, comme d'habitude, de couler les mots dans un texte qui "va de l'avant"

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    1. De l'art du patron crapuleux d'avoir la mainmise sur tout, absolument tout, et en particulier sur ses collaborateurs les plus proches.
      Taillables et corvéables à merci, rien de changé depuis des siècles en quelque sorte. Si, peut-être quelque chose : plus personne ne s'en aperçoit !

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    2. Pas tous crapuleux...

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  5. Ben le retour au taf quoi! Pour une fois qu'on ne demande pas à la nana de faire le café ;-D

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    1. Mais si bien sûr qu'on va continuer à demander à la nana de faire le café ! Y a pas de raison de changer les bonnes habitudes ! ;-D

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  6. Bien étudié, bien ficelé, bien envoyé, la vie professionnelle reprend comme avant. Rien de nouveau sous le soleil. Cynisme et rentabilité répondent "présent" à la suite du déconfinement. C'est une de mes craintes. Le repli à la maison n'aura pas amené à l'interrogation, à la remise en question ... MERCI AlainX pour ce bon texte !

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    1. Il y a une toute petite minorité, généralement intellectuelle, qui a imaginé un « avenir meilleur », comme on le fait à chaque fois notamment pendant les guerres avec le fameux « plus jamais ça ».
      Mais la réalité des faits démontre qu'il n'en est jamais ainsi.
      C'est toujours : « encore ça, et encore ça ».
      Raison de plus pour s'engager concrètement à se changer soi-même…

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    2. @Filo Filo
      Il y des entreprises qui souffrent économiquement. Après cette crise "ça ne reprendra pas comme avant" ... pas pour toutes... pas possible...

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    3. @AlainX
      Oui, s'engager concrètement à se changer soi-même. C'est ce que j'ai perçu comme piste de travail quelques années avant ma pré-retraite à 62 ans. Aller à l'essentiel. La vie est courte et il est temps de "faire ma part de colibri". Et cela a éclairé mon quotidien. La blogosphère est aussi un excellent endroit pour vivre l' "interdépendance" et l' "impermanence" à travers tous les témoignages, pensées, ressentis, émotions, coups de coeur, coup de gueule.

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    4. @Suzanne
      Sur le plan économique, ce ne sera plus comme avant, mais l'âpreté au gain subsistera, je le crains. Et les rapports patrons / employés / collègues ? Je doute qu'il y ait de fortes améliorations. Optimiste de nature, je veux croire à ton commentaire. Allez, croisons les doigts !

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  7. C'est pas idiot de donner un oeil d'entomologiste au patron pendant le confinement.
    Bon, on ne dira rien de la naïveté de ceux qui laissent entrer chez eux un regard indiscret sans savoir quel dessein sert ce regard.

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    1. Exactement !
      Le télétravail est à pièges multiples. Et comme on le sait, poser un piège, c'est fait pour qu'on tombe dedans !

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  8. Les micros, les caméras et un nouveau water-gate ?

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    1. En télétravail, la porte des WC est toujours grande ouverte…

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  9. Comme quoi, il ne faut pas se laisser aller chez soi et planquer les chaussons, la tasse de café, et le San-Antonio, en confinement, il faut relire Proust.

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    1. Il faudra apprendre les codes du télétravail, puisque cela se développera de plus en plus. Les entreprises vont pouvoir se passer de milliers de mètres carrés de bureaux, ce qui leur fera faire des économies, en sorte qu'ils pourront vendre beaucoup plus cher pour multiplier leurs profits.
      Ben quoi ! C'est la règle du jeu ! Non ?

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    2. Tu crois qu'un jour ils se poseront la question de l'utilité commune (celle de la Constitution) avant celle de la rentabilité ?

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    3. @ « Le goût des autres »
      « Avant », c'est peu probable…
      Se poser les deux questions « en même temps » ce serait déjà un progrès.

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  10. Le confinement a remplacé certais jeux de rôles utilisés par certains DRH pour le recrutement...
    Comme quoi, il faut toujours rester méfiant vis à vis de son patron.

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    1. Je ne dirais pas forcément méfiant. Mais en tout cas excessivement prudent. Il va falloir réapprendre un certain nombre de distances. Et pas que de 1,50 m entre les corps. Comme par exemple cette « mode » de se tutoyer en entreprise, à tous les niveaux, comme si c'était une bande de potes ! Quel merveilleux moyen psychologique de pression !

      Ah les moyens modernes « d'exploitation de l'humain »… on n'a pas fini d'en voir le développement…

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  11. ah je le savais bien qu'on en montrait bien plus sur soi, avec Zoom, que ce qu'on pensait montrer (ou avait envie de montrer) :-)
    (mais vraiment, promouvoir une femme? je rêve!)

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    1. Sur cette partie de mon texte, du travail collectif avec Zoom, j'aurais pu faire un renvoi à la fin :
      « histoire inspirée de faits réels »

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  12. pas malins quand même les mecs….on fait attention quand on sait que le télé travail ...c'est toujours du travail ….on soigne sa présentation ! :)

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    1. Les codes du télétravail vont peu à peu s'apprendre.
      C'est nécessaire puisque ça risque de perdurer longtemps…

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  13. Yvanne28/4/20

    Ce patron est un jean-foutre et les employés des marionnettes. Comme toujours ! ;-)

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    1. Ah oui je vois : ni MEDEF ! Ni CGT !
      ;-)

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  14. Cynique à souhait et réaliste.
    Le confinement/déconfinement va faire des victimes dans les entreprises. Pôle Emploi va avoir du travail !

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    1. Et si en plus Paul-emploi a le covid, ça va pas rigoler !

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  15. Ah! le monde du travail…...Heureusement il est loin pour moi ! j'espère bien que des choses vont changer quand même !!

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    1. Dans le monde du travail les choses vont sûrement changer : malheureusement elles vont être bien plus difficiles qu'avant… enfin pour ceux qui auront encore du travail évidemment.

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  16. Délicieux! On pense, on pense, chacun son truc, et puis il y a celui dont les pensées comptent le plus, et celle dont le décolleté a fini par payer :)

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    1. Et oui ! La technique du décolleté a toujours bien fonctionnée. La dame sur le tableau en apporte la démonstration.

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  17. Anonyme3/5/20

    Quand le confinement a du bon!
    Val

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