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lundi 18 avril 2022

La femme qui s'ennuyait

 

 121ème Devoir de Lakevio du Goût.


Ne dites rien, je sais...

Les rousses, les peaux claires, le Goût et gnagnagna « et patin et couffin » comme disait la mère de mon père.

Mais cette toile de Richard Miller me parle.

Et à vous ?

Vous dit-elle quelque chose ?

Nous devrions tous en savoir quelque chose lundi…


 

La femme qui s'ennuyait


Oisive et ennuyeuse, je ne vois guère comment il serait possible de qualifier ma vie autrement. Il m'aura fallu des années pour m'en rendre compte véritablement.

Ce n'est pas ce que j'avais rêvé enfant. Petite fille , pas de princesse ni de bois dormant à l'horizon. Non ! Je serai  la nouvelle Jeanne d'Arc, j'irai sauver  Dieu qui me semble mal parti avec sa création. Je le délivrerai de sa prison céleste. J'étais sûre qu'alors il me ferait la Reine des Neiges et des Cieux, où je régnerai jusqu'à la fin des temps. Voilà ! Rien de plus, rien de moins !



La réalité c'est qu'on m'a fait épouser un riche Marchand de tapis Persans percés. La nuit de noces il m'engrossa et les années qui ont suivi j'ai pondu une série de gosses avec nourrices. Heureusement qu'il y avait ces braves dames, car je déteste les chiards. Par exigence de mon conjugal marchand bourgeois, j'ai tout fait pour veiller à ce que je garde ma taille de guêpe de manière à ce qu'il puisse m'exposer un peu partout où il allait faire de l'argent dans les milieux politiques avec d'autres riches.


Le reste du temps, ma vie fut d'un ennui mortel. Je n'avais rien à faire. Vous n'imaginez pas la torture de l'ennui quand vient s'y ajouter celle du corset. On m'interdisait quasiment tout. Je ne devais pas m'abîmer les mains, ni perdre mon teint pâle. Il convenait de garder la chevelure impeccablement peignée, le visage poudré et le décolleté attirant mais dans une sobriété laissant simplement apercevoir le sillon mammaire. Voilà pourquoi je passais le clair de mon temps à me mirer, dans de longues pauses face à face avec un face-à-main. Bien souvent l'angoisse me prenait : serai-je suffisamment à la hauteur des désirs de mon vénéré mari aux exigences considérables et raffinées.



Ce détestable époux avait un hobby : la peinture. Il me portraiturait à poil, tandis que je grelottais. Il a aussi commis d'autres tableaux de ma personne. Ce qui les caractérise c'est l'ennui permanent qu'on y remarque. Et moi, gourdasse, je ne m'en suis rendu compte qu'après sa mort quand il a fallu tout inventorier pour la succession. La grande partie des toiles dont j'ai hérité, je les ai vendues. Très cher ! Et me voilà à la tête d'un magnifique magot.




Alors depuis, je fais la fête, puis la fête et la fête encore.  Conséquence : l'ennui s'est envolé. C'est comme ça que, dans une soirée où chacun appréciait l'anatomie de l'autre,  j'ai rencontré enfin mon Seigneur et Maître. Il n'est pas arrivé sur un magnifique destrier, mais dans une splendide BMW millésimée 1937, décapotable, d'un noir profond et d'un jaune éclatant. Il m'enleva la nuit même et nous nous sommes enfuis dans les lointains, au-delà des collines où nous avons vécu heureux, d'amour et d'eau fraîche pour moi et de grands crus pour lui.


Il est évident que dans cette version il ne fut pas question, ni de nous marier et encore moins d'avoir beaucoup d'enfants, parce que ça suffit comme ça désormais.


38 commentaires:

  1. J'avais un copain dont le beau-fils était garagiste, à l'occasion du mariage de notre fille, ils nous ont prêté une BMW de ce genre, plancher en bois et tout et tout, sauf qu'elle n'était pas décapotable et que la veille, ils avaient dû y monter dare-dare une pompe à essence électrique. C'est pratique les copains, finalement...

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    1. Ça procure toujours une chouette ambiance le mariage dans une vieille guimbarde !
      Enfin évidemment quand elle ne tombe pas en panne sur la route entre l'église et la salle de réception, (plusieurs kilomètres), qu'on n'arrive pas à réparer, et qu'il se met à pleuvoir des cordes ! La noce à pieds !
      Mais bon, « mariage pluvieux : mariage heureux ». Ce qui est sûr c'est que tout le monde s'en est souvenu !

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    2. Pas grave, on avait Pitchou avec nous : cornemuse écossaise, vielle à roue et autres instruments pour soutenir la marche (c'est d'ailleurs ma fille horriblement bruxelloise qui avait refusé de faire d'office le déplacement en cortège).

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  2. Ce fut tardif mais mais ardent !
    C'est toujours ça de pris !

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    1. C'est toujours bon à prendre « la veuve joyeuse » !

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  3. Tu as bien saisi l'ennui qui nous vient à regarder cette toile.

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    1. En effet, une toile soporifique… dans une chambre pour insomniaques sans doute ?

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  4. Bien vu ! C'est vrai qu'en parcourant les toiles dudit Miller, on est pris d'un sentiment d'apathie...irrésistible. Ou comment rendre décoratif l'ennui et le néant d'une vie "décorative", elle aussi...:-)

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    1. Oui, c'est fou comme ces toiles sont anémiées. Les modèles ont besoin de fortifiants, tellement apathiques qu'il leur faudrait un séjour en maison de santé.
      Je me demande si l'achat d'une de ces toiles est remboursé par la sécurité sociale.
      J'ai écrit ainsi parce que dans le genre art de la chanson ça m'a fait penser à la « Chanson sans calcium » des Frères Jacques.

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  5. Commentaire de Den par le formulaire de contact
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    Je ne crois pas qu'elle s'ennuie. Elle est là à attendre, suspendue au 
    temps qui passe, profitant de chaque instant d'ici et maintenant, 
    appliquée, car ces tons chauds  l'attirent, et dans un coin de l'assiette   
    elle tente de décrypter un "joyeuses fêtes de Pâques" !!
    merci Alain.
    Heureux lundi à toi.

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    1. Voilà une perception optimiste ! Une hédoniste ? Pourquoi pas !
      C'eût été une option possible aussi.
      Bonne suite de week-end Pascal à toi

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  6. Comme elle a bien fait de se lâcher ! La Veuve joyeuse, y a qu'ça d'vrai !

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    1. Surtout que dans l'opérette éponyme elle finit Baronne !

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  7. elle a quand-même eu la chance de tomber veuve assez tôt pour vivre une autre vie! :)

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    1. C'est une époque où il me semble que bien des femmes se voyaient devoir épouser un vieux barbon ! Gros avantage : un veuvage rapide ! Et en avant la fiesta ! ;-)

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  8. Anonyme18/4/22

    Certains lisent leur avenir dans les feuilles de thé. Celle-ci attend des réponses, de façon désespérée semble t'il, de la part d'une fleur rouge au fond d'une soucoupe. Comme la plupart, son erreur est de supplier l'extérieur de venir combler son vide intérieur. Elle va attendre longtemps !... et même un chevalier dans une BMW jaune n'y arrivera jamais. kéa

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    1. Ah ! Tu as probablement raison… ce n'est pas un miroir… mais un reflet de l'extérieur dans une soucoupe… pourquoi pas ! C'est assez plausible.
      C'est sûr que ce n'est pas la bonne manière de densifier son intériorité pour y cueillir ce qui est intéressant à vivre !
      Mais quand même une belle BMW 1937, garnie d'un bel homme, c'est quand même un ersatz qui n'est pas si mal que ça… en attendant… mais quoi au juste ?

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    2. Anonyme18/4/22

      Le prince charmant voyons ! celui dont chacun chacune rêve secrètement depuis toujours ! On en rêve pour la simple raison qu'il existe. C'est un prince de toutes époques, le seul ingenré véritable. L'homme à la BMW rutilante, est un fantôme sans consistance comparativement. kéa

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    3. Est-ce que les garçons rêvent d'être le Prince ? Être Charmant 24 heures sur 24 ! Une vie de bagnard en quelque sorte !
      Franchement mieux vaut aller faire la teuf avec ses potes !
      😆

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    4. Anonyme19/4/22

      Nous ne parlons pas du même prince Alain. kéa

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  9. bonjour
    j'ai le même souci pour les commentaires et je n'ai rien touché, de plus comme mon fond est noir ceux qui veulent me laisser un commentaire n'arrive pas à se relire.
    merci de me contacter si vous avez une solution

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    1. Je n'ai pas d'indication nouvelle sur ce problème que j'ai signalé sur le forum d'où vous venez semble-t-il… mais pour vous je vois que les choses sont beaucoup plus gênantes encore. Espérons une solution prochaine sur ledit forum.

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  10. Malgré le nombre important d'enfants, elle s'en est sortie (des accouchements) et l'a enterré, finalement elle a été chanceuse. ;)

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    1. C'était Pâques quand même ! J'allais pas mettre en scène une femme désespérée et au 36e dessous !

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  11. Anonyme19/4/22

    Avoir trop d'argent est un art et l'a toujours été ;)
    Délivré Dieu de sa prison céleste, voici un beau travail.
    pour une femme.
    Cette femme a renié l'éducation reçue, car "pondre des enfants",
    quand même, et les chiards, quelle grossièreté !;)
    La pauvre " gourdasse " a eu une bien triste vie, au départ, mais faire la fête plutôt
    que la tête avec ce nouvel homme sorti du ciel, ou presque, c'est une arrivée au paradis !

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    1. Si là-haut ça tourne mal, elle pourra toujours se produire au Paradis latin.
      La revue « l'oiseau Paradis » est une réussite, battements d'ailes et de cils garantis !
      Anges à volonté !

      (Qui êtes-vous donc anonyme ?)

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  12. antoine delmonti19/4/22

    Elle ne pouvait pas voir son mari en peinture, mais la vente de ses tableaux lui a procuré un pactole considérable. Mais pourquoi s'est elle ensuite entichée d'un bellâtre qui ne manquera pas lui aussi, de la tenir sous sa coupe ?

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    1. Alors, si l'histoire se déroulait de nos jours, il faudrait inciter cette femme à consulter pour voir quels sont les nœuds intérieurs qui vont l'obliger à recommencer la même chose à peine autrement. Je ne saurais trop lui conseiller le célèbre psychanalyste Philippe Dayan, qui consulte sur Arte chaque jeudi à 20h50. (En thérapie — saison 2)

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  13. Finalement l'ennui rend riche et heureux puisque cette charmante dame à force d'être le modèle de son époux a fini par s enrichir et de là vivre une vie plus plaisante.
    Tu as vraiment l'art de nous accrocher à tes textes, tu as des idées géniales.

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    1. C'est sûrement mon imaginaire qui, acoquiné avec mon inconscient, se plaît à concocter dans mon esprit surchauffé des histoires qui me dépassent alors que j'aimerais les précéder.
      Si c'est du génie, c'est juste le bon vieux « Génie sans bouillir » des années 1970 ! qui savait faire de la mousse super active !
      (Toutefois grand merci pour ton appréciation !…)

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  14. Commentaire de AUBÉPINE, reçu par le formulaire de contact.
    -----------------------------
    La toile de Richard Miller respire le charme d'antan ; elle donne de belles impressions de couleur et de lumière ; et  je ressens comme une atmosphère ouatée, saisissable. Cette belle jeune femme rousse est probablement flattée de servir de modèle et honorée d'être immortalisée par les pinceaux de l'artiste.
    Et si la belle rousse devenait "gourgandine" et qu'elle succombe au charme dévastateur du conducteur de la BMW millésimée 1937...
    Et si, par surcroît, ce beau ténébreux maîtrisait l'art de "conter fleurette", ils se rendraient au jeu de l'amour et batifoleraient dans le jaune or du champ de colza, oubliant le noir du quotidien, seulement heureux d'être amants.
    La femme qui s'ennuyait... ne s'ennuierait pas si elle lisait vos billets. 

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    1. Très sympathique votre regard sur la toile de Miller !
      L'œuvre de ce peintre est pleine de tableaux de ce genre. Cela m'a semblé quand même avoir une certaine fadeur, mais d'autres y trouveront peut-être un abandon confiant à la vie dans un dilettantisme de bon aloi… j'aurais pu opter pour cette perspective dans ma petite fiction. Parfois j'ai dans l'idée de faire deux textes très différents à partir de la même consigne. Mais, paresse aidant…
      J'aime bien votre imaginaire de la BMW dans un champ de colza !
      Vous avez du talent. Et si vous tentiez l'aventure d'un petit blog pour participer à nos amusements sans prétention ?

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  15. Voilà un parcours de vie intéressant.
    Elle commence comme une bourgeoise conventionnelle macroniste et finit comme une saltimbanque abstentioniste qui vit dans le luxe, la luxure et le péché. Comme une mondaine non tarifée en quelque sorte.
    Elle me plaît cette donzelle, elle me plaît beaucoup !
    Tu me la présentes ?

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    1. Je peux proposer une formule de rencontre par abonnement longue durée de luxure, avec l'option PS (Précision Sexuelle). Toutefois cette option risque d'être indisponible à court terme pour dépôt de bilan du fournisseur.

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  16. Anonyme20/4/22

    S'ennuie-t-elle ? Ce n'est pas certain..Peut-être cette vie calme et douce lui convient et elle l'apprécie

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    1. L'ennui est parfois une activité qui occupe beaucoup et j'ai même rencontré des personnes qui, à cause de cela, finissaient par ne plus disposer de suffisamment de temps pour s'ennuyer.

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  17. Cette jolie femme me semble assez dévêtue pour s'ennuyer.
    Sa tenue négligée, épaules dénudées par les derniers embrasements qu'elle vient de connaître entre les bras de son amoureux si fougueux, qu'elle vérifie dans son miroir son visage… comme les jeunes filles après leur premier baiser … persuadées que l'amour a transformé leur visage.
    Elle ne s'ennuie pas, elle est encore dans cet instant d'amour qui suit le départ de l'être aimé.
    L' amour a cela de merveilleux qu'il commence bien avant l'instant, dans son attente… mais qu'il se prolonge ensuite dans une sorte de brume amoureuse qui nous enveloppe … avec ce visage sans doute qui recherche un signe d'amour sur son visage.
    J'aime bien cette femme en fleur

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    1. Ce que je trouve intéressant, pour ne pas dire passionnant, ce sont les perceptions diverses d'une personne à une autre sur cette toile (ou sur d'autres). Qui plus est quand c'est si bien argumenté et développé comme tu le fais. Tu vois dans l'œuvre ce que je n'ai pas vu. C'est solaire comme l'amour peut l'être.
      D'une certaine manière je réalise qu'il m'aurait été impossible d'être l'amant de la femme peinte. Je la vois qui s'ennuie, et qui donc ne peut être qu'ennuyeuse… ! Même nue elle semble d'une passivité désespérante pour un amoureux fougueux !
      ;-)

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