Pages

jeudi 31 octobre 2019

Parfois...




Parfois, il pose cette question : Qui es-tu Alain ? Qui es-tu vraiment ?
J'ignore sans ignorer qui est ce « il », peut-être moi, ou pas.

Parfois, il se dit qu'aucune réponse n'existe.
« Vous pouvez répéter la question ? »
Inutile. En particulier le « vraiment ».
Photo du net

Parfois il se sent être,
parfois il se sent absent à lui-même, 
parfois il est parti ailleurs, vers les contrées englouties des passés révolus, ou vers ces lointains sans existence que son imaginaire lui propose.

Parfois il est l'intense Présence, la densité extrême, la pesanteur de l'être qui lui manifeste la force, comme une sorte d'invincibilité fragile.
Parfois il est l'infinie tristesse de la dérive d'une barque qui prend l'eau.

Parfois il est luciole parce que certains prétendent qu'ils l'ont vu briller dans la nuit et ainsi retrouvé le chemin.
Parfois il est « capitaine, mon capitaine » parce qu'il croit avoir aperçu le phare ultime lorsque le vent de l'audace a dissipé les brumes de la peur. Mais ce n'est que sa lueur entrevue au-delà de l'horizon.

Qui es-tu, Alain ?

Rien que pas grand-chose, mais tellement déjà dans le possible.

vendredi 25 octobre 2019

La photographe




Le Goût ne proposant pas de devoir pour lundi, je suis parti chez Olivia Billington
qui propose d'écrire un texte avec des mots imposés

tapis – parking – araignée – avalanche – port – bouteille – bulle – préférence
Comme j'aime compléter d'un support photographique, j'ajoute une photo de mon cru.






La photographe

C'est toujours la même chose, il faut que Madame se fasse remarquer. Ce jour-là elle avait décidé qu'on irait de nouveau passer la journée sur le port. Je n'étais pas trop partant. C'était la pleine saison estivale, et comme d'habitude le parking allait déborder de bagnoles. On ne trouverait pas à se garer.
Évidemment, elle a encore remis les choses sur le tapis, comme quoi j'étais casanier, que je vieillissais, préférais rester tranquillement dans le jardin à me tourner les pouces en regardant les araignées tisser leurs toiles.
Bref, qu'elle a maugréé, : — Monsieur ne pense qu'à se coincer la bulle !

C'est toujours la même chose, je suis responsable de tout ce qui ne va pas. Elle a toujours une avalanche de reproches à me déverser sur la tête, en prenant ses grands airs, comme si systématiquement c'était elle qui devait présider à tout, toujours et partout. Autant vous le dire tout net : j'en avais marre !

Comme d'habitude, j'ai cédé. On a quand même trouvé une place pour garer la DS. Et comme il faisait chaud, j'ai proposé de boire une bonne bouteille à la terrasse du bistro où on avait quand même nos habitudes. Que nenni : plutôt que boire un coup,  Madame avait une préférence pour faire de la photo. Elle avait embarqué son attirail.
Et voilà t'y pas qu'elle se fout à plat ventre pour photographier je ne sais trop quelle saloperie qui flottait à l'entrée de la passe, alors que la marée montait. Elle avait l'air totalement ridicule, avec son gros cul et j'ai pensé : j'espère que son appareil photo va lui tomber des mains, et s'engloutir dans la flotte. De toute façon la plupart de ses photos sont toujours ratées. Il n'y a qu'elle pour prétendre : « c'est de l'artistique ! ». 
C'est de la crotte, voilà ce que c'est !




lundi 21 octobre 2019

Morceaux de vie






Que fait-elle là, qui semble isolée du groupe ?
Elle semble penser à autre chose.
Mais à quoi ?
Peut-être le savez-vous.


-o0o-








Morceaux de vie

Il nous appelait « la bande des quatre ». Il est vrai que nous étions assez inséparables. Sophie, Ludivine (qui n'était pas de la Rochère, heureusement), Mélanie et moi. Nous étions simplement des copines de bureau dans une grande agence immobilière. On était payé à la commission, et croyez-moi, il n'y a pas que chez Stéphane Plaza qu'on engrange du blé à tous les étages. Le mois dernier, je me suis quand même fait 5000 € de Comm. : tir groupé de vente d'appartements. Les trois autres étaient vertes ! C'est pas pour dire, mais je suis la meilleure des négociatrices.

Ce midi on doit fêter ça « chez Marcel », le resto où on a nos habitudes. C'est moi qui régalerai, question de « cohésion du groupe » comme dirait le patron !
Ludivine, comme d'habitude, n'arrête pas de me poser des questions sur ma méthode de négociation. Elle a toujours cru que c'était une question de méthodologie. Mais non, ma belle, une question de feeling et de physique. « J'en dégage » plus que toi, c'est tout ! Déjà, tu perdrais quelques kilos… Mais je n'allais pas lui dire cela. Je l'aime bien Ludivine les deux autres aussi d'ailleurs.

On vient de franchir l'énorme porche qui permet facilement de passer de la rue des Cendriers au boulevard Mégaud. Grâce à la passerelle on arrive plus vite « chez Marcel », notre QG repas, sans devoir faire le tour par le pont des Six Gares. Et sur la passerelle, la vue du fleuve est splendide.

C'est alors que je l'aperçois. Heureusement il regarde les façades d'en face. Je fais un pas en arrière pour que les trois autres me cachent et m'abritent en quelque sorte. Il n'est absolument pas question qu'il me voit. Ça suffit comme ça !

Malheureusement, je ne peux cacher l'émoi qui me saisit. Mon cœur se met à battre la chamade. J'essaye de me donner une contenance. Je fixe mon regard sur le sol et remonte mon écharpe sur le cou. Évidemment, Ludivine va penser que je fais la gueule d'un seul coup.

Et voilà ! Tu crois l'avoir oublié. Mais rien du tout. Ce type tu l'as encore dans tout le corps, dans les pores de ta peau, le ventre et ailleurs. Ce n'est pas pour rien que tu l'appelais « Mon Sorcier ». Tu vas finir par y croire aux envoûtements. Cela fait six mois que tu ne l'a pas vu. Et ça repart. Tu ne pourrais même plus dire qui exactement a quitté l'autre. Ce fut tellement compliqué dans l'intensité, dans les mots, les cris, et cette passion dévorante qui revenait sans cesse. Fusions et rejets, parfois plusieurs fois en 24 heures. Ne me dis pas que tu as oublié l'épuisement et le délabrement dans lequel tout cela t'a laissée.
Folle comme tu es, tu serais bien capable de recommencer. Retourner au malheur.

***

C'était moi qui les appelais « la bande des quatre ». Moi, le photographe de l'agence immobilière. Moi qui n'en pouvais plus de ma timidité, de ne pas oser lui parler. J'aurais tellement voulu lui faire partager ma persuasion qu'elle était la femme de ma vie. Mais elle ne pensait qu'à son Sorcier ! Ce jour-là je rentrais à l'agence et je les ai croisés toutes les quatre. Et l'autre là, « le Sorcier » avec sa barbe et son bonnet.
J'ai fait cette photo. Je n'ai même pas fait attention qu'il y avait des gouttes de pluie sur l'objectif. J'ai instantanément compris ce que vivait Ludivine. Quand c'est la femme de votre vie, vous devinez tout, même si elle l'ignore.
Alors, peu de temps après, j'ai quitté l'immobilier et travaillé pour Magnum, en grand reportage, sur les terrains de guerre du monde. La recherche de l'oubli.
 Je repense parfois à Ludivine. Parfois ? Soyons honnête, j'y pense très souvent. Certainement qu'elle a fini par faire un ou des enfants.
 Probablement qu'elle est grand-mère à présent…

J'ai toujours la photo, chez moi, dans un cadre.


vendredi 18 octobre 2019

Le manque.


Quel manque ?
Qui es-tu ? 


Le manque, comme un vide, comme une absence.
Le manque, comme un raté. Passer à côté. Louper quelque chose. Regretter.
Le manque, comme un creux, une privation pénible, l'absence d'un essentiel.
Le manque, comme une lacune, une incomplétude, une carence, un dénuement, une vacuité.
Le manque comme une supplique, une mendicité, une pauvreté, une sécheresse.

Le manque comme constitutif de la condition humaine. Il y aura toujours un manque. Il n'y a pas de comblement parfait. Et même, le comblement pourrait-il être une satisfaction définitive ?

Le manque comme une nécessité pour être.
Le manque comme un paradoxe de l'être-soi. 
Un fondamental pour s'accomplir.

Peinture prise sur le net
Tu ne dois jamais me manquer, parce que tu es Le Manque.
Le manque, un compagnon qui manquerait s'il manquait.
La phrase paraît obscure et pourtant elle est simple et réelle.

Le manque comme une ouverture, une possibilité d'accueil, un appel, une demande et une offre.

Le manque comme bras tendu et cœur ouvert.
Le manque comme un amour, un don.

Le manque comme un moteur du vivre et de l'avancée.

Tu me manquerais tellement si tu n'étais plus là.


Toi, « mon Manque ».