En vous inspirant de cette image, écrire un texte avec comme incipit cette phrase d'Audrey Hepburn:
Il y a des voyages qui se font avec un seul bagage : le cœur avait-elle dit le regard dans le lointain, par-dessus les toits, par-delà l'éclaircie qui se décidait à arriver en ce soir d'été dans la douceur moite d'une nuit qui prenait son temps avant de venir. Nous étions installés sur le toit terrasse de l'immeuble, le seul ersatz de luxe dans ce quartier qui avait depuis longtemps perdu son âme d'antan. Ce temps-là où tout semblait paisible et heureux, annonciateur de temps nouveaux, d'un printemps qui n'est jamais venu.
Je la regardais de profil, telle une déesse égyptienne. Elle était à l'instant la symbolique d'une civilisation disparue. La mienne peut-être. La nôtre. Plus personne ne voyageait avec le cœur. Mieux valait une carte bancaire, visiter la planète l'œil rivé sur son Smartphone à la recherche d'une piscine en plein désert aride, d'une crème bretonne au cœur d'Harlem, ou d'un sentiment humain chez Vladimir.
J'observais ses mains fines, précieuses, son index de la vérité, la paume offerte à qui voudrait l'aimer. Elle était belle et désirable comme le blé mûr qui avait désormais disparu de nos cultures.
— Accepterais-tu de partir en voyage avec moi ?
La question percuta mon âme avant d'envahir ma cervelle en panique. Ainsi donc elle ne renonçait à rien. Ses rêves demeuraient une quête permanente et vaine. La Chimère n'avait pas dit son dernier mot en elle. Comme hier, comme il y a longtemps, comme avant que tout foute le camp.
— Tu sais, bien au-delà de ce que nous voyons ici, il n'y a plus rien, ai-je répliqué
— Détrompe-toi, mon ami, j'ai vu L'autre Côté qui nous attend. Il suffit de croire à son Désir et de quitter l'endroit actuel. Alors tout peut s'accomplir.
Je n'ai pas oublié ce soir-là. Je dois même dire que j'y pense chaque nuit. Quand je remonte sur la terrasse en me traînant péniblement à cause de mes douleurs auxquelles je n'arrive pas à m'habituer, je crois l'apercevoir, ma déesse égyptienne. Si je me concentre je sens son souffle comme une brise légère qui à la fois m'appelle encore et me désespère de ne savoir y répondre.
Je ne sais quand exactement elle s'est mise en route. Cela a dû être au petit jour qui suivit cette fameuse nuit. J'aurais dû faire preuve d'un peu d'audace. Mais voilà il fallait avoir le cœur à partir et le courage du Voyageur.
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Sur une proposition de Kaléïdoplumes.

Que j'aimerai savoir écrire aussi bien que toi et faire voyager mes lecteurs jusqu'en ces terres inconnues mais si attirantes.
RépondreSupprimerJe te lis et je vois que tu as ta propre qualité d'écriture. Et tu peux faire confiance en ce domaine.
SupprimerCOMMENTAIRE DE AUBEPINE
RépondreSupprimer_________________
Merci pour ce texte magnifique ; c'est de la poésie en prose. Et comme
disait Danton :
"De l'audace, encore de l'audace,
toujours de l'audace."
Il faut oser, alors osons.
Belle journée à toi.
L'audace de vivre en quelque sorte !
SupprimerMerci pour ton passage.
"La chance sourit aux audacieux" c'est léger comme bagage pour se décider à sauter du toit... ;-)
RépondreSupprimerEst-ce qu'avoir le cœur en bandoulière peut être une protection ?
Supprimer"Tu sais, bien au-delà de ce que nous voyons ici, il n'y a plus rien".
RépondreSupprimerMais elle, elle a vu L'autre Côté. Je ne sais si elle parle de ce pays entièrement vaste où coule, dans le lointain, une rivière vibrante comme moi je la vois. Je sais qu'il suffit de rejoindre cette Rivière et me laisser emmener là où j'ai toujours voulu aller. kéa
SupprimerJe pense bien qu'elle parle de ce que tu décris en effet. Elle en voit dans le ciel comme une trouée vers le futur. Et même commun déjà là possiblement.
Il en est qui connaissent déjà le chemin.
C'est "drôle" de partir d'une phrase de cette femme. Femme qui a vu son premier rêve, devenir danseuse, anéanti par l'invasion allemande. Qui a cherché d'autres rêves, d'autres voies, d'autres risques. Elle a un parcours difficile, parents sympathisants nazis, elle aidant la résistance, souffrant de la famine amenée par l'occupation en Hollande, et revenant à d'autres rêves, d'autres ambitions, toujours, s'accrochant aux étoiles... Il y a, me semble-t-il, un parallèle évident entre elle et toi. Il y a aussi celzéceux qui hésitent sur le quai, pesant le pour et le contre soigneusement, et regardent les bateaux partir, investis par ceux qui ont pris le risque d'y monter, ceux qui ont pris le risque de vivre leur vie ♥♥
RépondreSupprimerJe ne connais pas la vie de cette femme. Tu m'en fais découvrir un aspect. Je n'ai guère d'attrait pour la vie des acteurs et actrices. C'est un manque peut-être…
SupprimerC'est un parallèle audacieux que tu fais, mais pourquoi pas. En tout cas je ne suis pas de « celzétceux » qui restent sur les quais et je me mets en scène aussi dans mon personnage féminin. J'ai pris beaucoup de risques dans ma vie, d'énormes parfois, et jusque-là je n'ai jamais eu à le regretter. . Je pense aussi que tu es toi-même de cet acabit. Quelque part je suis sûr qu'on se ressemble alors que nous sommes si différents. Mon personnage masculin c'est aussi moi évidemment lorsque je traverse des zones que j'ai laissées à l'abandon.
Merci pour ce commentaire éclairant.
Les toits en terrasse sont le meilleur endroit pour que les coeurs s'ouvrent.
RépondreSupprimerPauvre homme, il n'avait que le coeur à l'ouvrage, mais un ouvrage que vous faites
de 9 heures à 12 h et de 13 h à 17 h. Je suis sûre qu'il était fonctionnaire ;) Et maintenant qu'il est en fin de retraites, les regrets débordent !
J'aime beaucoup la première phrase ! C'est tellement juste.
SupprimerL'homme suscite une sorte de compassion d'être passé à côté de ce qui était offert cependant. Un fonctionnaire ?… ;-) … Pas un modèle en tout cas
Bravo, j'aime beaucoup ! :-)
RépondreSupprimerMerci beaucoup
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