
124 ème Devoir de Lakevio du Goût
C’est une toile de Mr Bernard Beauvais, elle m’a amusé quand je cherchais un tableau qui pourrait vous inspirer.
Elle a attiré mon attention car elle s’appelle « Rue Blondel ».
Je ne vous demande pas ce que le Monsieur veut de la dame.
Je ne vous demande pas ce qu’elle demande pour le lui donner.
Laissez courir votre imagination.
J’espère que nous en cueillerons tous les fruits lundi…
Rencontre nocturne.
En ce temps-là, c'était un autre temps. Peut-être l'avez-vous connu, je ne sais. En tout cas, pour nous, rien n'était favorable. Il fallait vivre dans l'ombre. Et même dans l'obscurité. Ne rien montrer, être comme la muraille, le plus invisible possible, ne rien laissait transparaître.
Certes pour l'ordinaire des jours, le quotidien, il était largement possible de ressembler à quiconque, se montrer une personne parmi d'autres, insipide et sans saveur. Mais c'est quand le soir venait que le désir de la singularité se faisait ressentir avec force et parfois celle-ci était irrépressible, en sorte qu'il fallait mettre en œuvre le scénario, se permettre d'être enfin soi-même en ne le paraissant plus.
C'est alors que tout commençait. Dans le secret de ma chambre, face au miroir, je laissais tomber sur le sol tous mes vêtements de femme les uns après les autres. Nue comme une souris verte, je revêtais peu à peu les attributs masculins des pieds à la tête. Puis, assise à ma coiffeuse, je me fabriquais une tête d'homme avec fausse moustache et lunettes noires. Il restait à revêtir l'affreux imperméable vert et le chapeau gris et je transformais la femme en homme, prête pour la nuit que j'espérais délicieuse.
Arrivée dans le quartier des rencontres je déambulais les rues jusqu'à trouver ce que je cherchais. Une femme ambiguë. De celles faisant semblant d'être attirées par les hommes, mais dont le regard ne trompe pas. Aguichant les mâles, elles tentent ainsi de trahir leur corps qui lui recherche un corps de femme similaire au leur. Femmes qui souhaitent une femme mais font tout ce qu'elles peuvent pour dissimuler cela au sein d'une société qui les rejette, comme elle condamne l'homosexualité en général. Mais être lesbienne, c'est pire.
Voilà pourquoi, face à ce stratagème, déguisée en homme, je déjoue l'interdit et me libère. Cependant je laisse le plus possible apparaître ma nature derrière l'imperméable entrouvert se remarque ma poitrine généreuse qui n'attend que la main féminine et caressante. Un signe plutôt discret mais concret de reconnaissance. Mais un signe efficace.
Ce jour-là, c'est rue Blondel que le miracle opéra une fois encore.
— Vous avez du feu ? me demanda-t-elle.
Elle avait ce regard de braise reflétant clairement le désir spécifique qui ne trompe pas celles qui savent se reconnaître entre elles.
Je n'ai jamais oublié les heures qui suivirent, où le plaisir le plus intense envahit jusqu'au fond des corps, jusqu'à rejoindre l'infini qui transporte dans l'ailleurs, l'espace d'une nuit.
L'imagination en la matière semble inépuisable.
RépondreSupprimerEt c'est heureux...
Tu as proposé de le laisser aller notre imaginaire… alors, ben, j'ai obéi !…
Supprimer;-)
Tu as une belle imagination, je n'aurais jamais penser à une femme cherchant une femme.
RépondreSupprimerAu départ, moi non plus ! Mais après… pourquoi pas !
SupprimerTu dis bien la souffrance de l'être qui se veut différent et qui du coup doit vivre caché.
RépondreSupprimerPour ceux qui ont dû vivre cela (je n'en suis pas heureusement) c'est excessivement difficile, perturbant et dévalorisant, quand il ne s'ensuit pas des troubles psychiques. J'en ai vu autour de moi.
SupprimerCommentaire de Aubépine
RépondreSupprimer------------------
Ce fut donc une rencontre jouissive rue Blondel ; et oser braver
l'interdit : une jouissance intellectuelle.
Merci Alain.
Il faut croire qu'il existe des lieux où on rencontre sa chance ! Et son audace !
SupprimerBravo ! Joli texte ! je n'ai pas du tout envisagé ce scénario en voyant l'image ... ;-)
RépondreSupprimerC'est la forme de l'imper vert avec son côté ample poitrine du mec qui m'a donné l'idée… mais pas au début…
SupprimerJ'ai cru un instant que tu allais nous annoncer que la "femme ambiguë" était en réalité un homme !
RépondreSupprimerEt ben non ! C'était une amatrice des plaisirs saphiques !
SupprimerTrès beau. Qui arrête les colombes en plein vol, je te le demande ... ;-)
RépondreSupprimerTu as été super inspiré. Moi je crois que l'image m'a plutôt bloquée...
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Ce tableau ne compte pas au nombre des chefs-d'œuvre en effet !
SupprimerMais j'ai aimé relever le petit défi proposé. Si ça amuse, c'est parfait ! En tout cas j'ai pris plaisir hétérosexuel à l'écrire !
Mazette ! Que de complications et d'ambiguïté dans ce récit (j'ai aussi employé ce terme d'ambiguë). J'ai choisi de faire un adolescent dans cette frêle silhouette, mais je n'ai à aucun moment pensé à en faire une femme ! Belle imagination !
RépondreSupprimerJ'ai vu que tu avais aussi joué sur certaines ambiguïtés, mais qui sont restés masculines.
SupprimerC'est sympa aussi chez toi ! De toute façon on se fait du cinéma !
Si l'une ne dissimule rien pour reconnaitre dans l'autre son "alter ego" il fallait vraiment qu'elles soient destinées à se rencontrer !
RépondreSupprimerCelles et ceux qui se cherchent, même inconsciemment, finissent toujours par se trouver…
SupprimerJ'ai été prise à contre pied, bravo, je m'attendais à un transexuel .
RépondreSupprimerLe texte est beau à se demander si une vraie lesbienne aurait pu aussi bien décrire cette soirée.
Peut-être que lorsqu'on en connaît « en live » ça peut aider…
SupprimerAh, les rencontres nocturnes quand la nuit est presque aveugle, c'est mieux encore.
RépondreSupprimerLa rue Blondel, c'est la rue des ritournelles ou le sexe a plus d'un tour dans son sac ;)
Le bon Brassens nous en parlait déjà !…
SupprimerJolie pirouette !
RépondreSupprimerJe ne sais pas si "elles savent se reconnaître entre elles". Mais il y a une marge d'erreur. J'ai une amie qui attire les filles alors qu'elle est hétéro. Et elle se trouvait fort marrie, en période de célibat, de se faire plus draguer par les filles que par les hommes !
Pendant un bref instant je dois dire que j'ai eu un doute sur le personnage dont tu parlais. Celui en vert ou celui en rouge ? Du coup, ça force la lecture ! Tu sais nous tenir en haleine 👍
Je connais le symétrique de ce dont tu parles. Un homme hétéro qui se faisait draguer par les mecs !
SupprimerMaintenant, les successeurs de Tonton Freud nous expliqueront sûrement le pourquoi du comment !
Et grand merci pour le dernier paragraphe, je suis content de constater une certaine réussite dans la construction de mon texte…
C'est môcheee ! excuse-moi l'Âmi, pas tes mots intarissables, mais le tableau.... je ne peux m'y faire.... wrrhh ! je ne m'y retrouve pas.
RépondreSupprimerLe tableau proposé est en effet… très particulier…
Supprimeroù c'est effectivement moche… où l'artiste a vraiment du talent pour faire moche et « croûte assumée » !
Mais bon, on ne choisit pas ni ses parents, ni sa famille, ni les sujets proposés comme consigne… comme on dit dans le Nord « on fait avec » !
je ne le trouve pas moche pour ma part, plutôt intriguant
RépondreSupprimerAu-delà de l'appréciation que chacun peut faire d'une œuvre, celle-là en effet semble intrigante et finalement propice pour l'imaginaire qui peut se donner libre cours.
SupprimerCe que j'ai tenté modestement…
Jamais je n'avais pensé à cette astuce qui demande une grande perspicacité quand même... découvrir la femme à femmes sous la femme pour hommes, il faut avoir un fameux scanner dans les yeux :)
RépondreSupprimerah les différences toujours difficile à accepter et quand la morale et la bien pensance s'en mêle ouille ouille !!!
RépondreSupprimerbelle journée
La bien-pensance réclame la triste uniformité en la prenant comme modèle, bien évidemment.
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