Il est des mots qui tout à coup viennent nous percuter, comme ça, sans prévenir, au détour d'une phrase écrite, une parole prononcée. Tout cela le plus souvent dans un contexte anodin. Et nous voilà en arrêt intérieur.
« Seringat ». Il est question de plantes et de fleurs. C'est le printemps, une époque pour en parler. C'est la fête des voisins, on bavarde, on rit, on boit un coup, on partage quelques plats préparés. Il fait beau après l'orage. Et nos jardins dont il faut s'occuper : On énonce des préférences, ce qu'on aime, ce qu'on plante, ce qu'il faut veiller à arroser, bref de la conversation ordinaire dans une ambiance très sympathique.
« Seringat » le mot est prononcé par quelqu'un et tout à coup apparaît le visage de ma mère. Est-ce qu'il y en avait dans le jardin ? Je ne sais même plus très bien à quoi ça ressemble. Je vérifie sur Internet. Ah oui ! Ça devait être ça. Mais pourquoi avait-elle ce nom à la bouche, comme si elle le prononçait souvent. J'ignore. Peut-être pas. Peut-être que c'était un mot comme ça au passage qui m'a frappé dans l'oreille il y a très longtemps, va savoir ce qui vous frappe !
La voilà tout à coup avec son visage apaisé, celui des beaux jours, si rares que ça ne s'oublie pas. Alors je la vois autrement. D'ailleurs ça fait maintenant un long temps que je la vois autrement… depuis que je ne la vois plus… depuis qu'elle est morte et enterrée il y a plus de 30 ans, sur une terre où je ne vais jamais. Il n'y a plus rien là-bas. Ce qui demeure c'est la terre intérieure où tout repousse… autrement…
Peut-être faudrait-il que je plante du Seringat dans le jardin. Avec une majuscule. La majuscule d'un nom qui fut le sien. Ce serait bien. J'en suis sûr désormais.

Dois je en déduire que c'est ta madeleine ? Sais tu que le seringat est le symbole de la mémoire ? Bonne soirée Alain
RépondreSupprimerL'une de mes madeleines probablement, qui surgit sans qu'on s'y attende. Content d'apprendre que le seringat est le symbole de la mémoire, alors que j'ai peu à peu le sentiment que la mienne commence à avoir des ratés… ! Bon dimanche chère Chinou.
SupprimerC'est marrant comme un simple mot parfois anodin fait remonter des souvenirs à la surface.
RépondreSupprimerJoli souvenir que celui ci. J'avais un superbe seringat du temps de ma vie de couple dans cette jolie maison que je n'ai plus .....................je me rappelle l' odeur agreable que cet arbuste pouvait dégager.
Oui, phénomène parfois curieux, d'autant que je ne m'attendais nullement à ce surgissement éphémère mais précis. Les méandres du psychisme sont passionnants quand on les observe ! Merci aussi pour les évocations de ton histoire
Supprimer"seringat" me ramène à des romans oubliés, très "dix-neuvième siècle"... un mot évocateur, porteur de mélancolie, de souvenirs précieux... un mot comme une toile de Monet dont l'histoire peut encore et encore être revisitée... Merci pour ce billet si finement ciselé.
RépondreSupprimerC'est vrai que ce mot fait un peu « ancienne dénomination », presque oublié. En tout cas moi je ne l'avais pas entendu depuis bien longtemps. On ne cesse de revisiter beaucoup de choses. Et à chaque fois c'est différent de nouveauté. Tu le sais certainement toi qui est grande voyageuse sur les traces que tu aimes.
SupprimerOh que j'ai aimé ton billet Alain ce matin, le seringat.... au parfum capiteux et puissant, évoquant le jasmin et la fleur d'oranger... un peu fort peut-être, le jasmin des poètes, me rappelle mon enfance, pourtant si lointaine, chez mes oncles à la campagne, avec mes parents.. tu évoques pour moi ce temps jadis, insouciant, heureux simplement d'Etre, qui ne se posait pas de question, mais qui regardait et appréciait les Beautés de la Nature. Merci Alain...du cousu main...
RépondreSupprimerPeut-être que ce mot a un grand pouvoir d'évocation pour bien des gens… c'est le sentiment que j'ai en lisant les commentaires. Et le tien en particulier. Dans ma solitude d'enfant j'ai beaucoup observé la nature, puisque les humains se faisaient rares. Peut-être ai-je ainsi appris bien plus que je ne pensais.
SupprimerMerci pour ce beau commentaire.
Cher Alain
RépondreSupprimertu fais des laps.... écripsus très surprenants .... "On énonce des préférences, ce qu'on aime, ce qu'on plante, ce qu'il faut veiller à arroser, bref de la conversation ordinaire dans une ambulance très sympathique." (à moins que tu aies qq ch qui écrit quand tu parles, je sais que ça existe et que ça donne parfois des surprises :-)
Je crois que c'est normal de voir nos disparus "autrement".
outre l'histoire propre à chacun, il paraît que la mémoire bonifie les souvenirs et zappe les autres. Ce qui est sûr, c'est que notre façon de voir se modifie dès lors qu'elle n'est plus polluée par des sentiments douloureux, tels la colère, la rancoeur, la souffrance de ce que l'on perçoit comme de l'indifférence, ces sentiments si vivaces tant que la personne est toujours là.
Paradoxe.
C'est après le décès de ma mère que j'ai pu comprendre bien des choses, choses qu'elle ne disait pas.... bien sûr qu'elle ne les disait pas, c'était le silence absolu et le mouchoir par dessus - mais j'ai eu une chance inouïe, ces lettres qu'elle m'avait demandé de prendre après son décès, où elle décrit ses espoirs et ses peurs... j'avais 2 ans au moment de ces lettres
"Dommage que je ne puisse plus lui dire ça, maintenant que j'ai compris" (et pardonné)
Et toi ? tu te dis cela, parfois ?
Belle journée à toi
Mon lapsus est de type lapsus électronique ! Car en effet j'utilise un logiciel de dictée qui a ses caprices et ses surprises, qui parfois me font bien rigoler avec ses confusions de phonèmes ! Mais ici avec l'ambulance il fait fort quand même ! (Comme dit ma chère et tendre tu ferais mieux de te relire plus souvent pour repérer ses bêtises !)
SupprimerComme tu le dis, les disparus continuent leur vie en nous. Mystère passionnant même sans y mêler des considérations de croyances et de religion. C'est depuis leurs morts que je connais de plus en mieux mes parents. Je les entends au fond de moi, sans paroles. Cela a supposé tout un travail de plusieurs années pour éliminer tout ce qui a pollué le temps partagé.
Je pourrais reprendre le livre « Le passage se crée » en modifiant certaines lettres les concernant, ou plutôt en les complétant du chemin parcouru depuis à leur égard. Je ne le ferai pas car cela marque une étape nécessaire et bienfaisante.
Dans ce domaine je rends hommage au travail de mon frère aîné, gardien de bien des documents familiaux qui ont éclairé l'histoire familiale avec de nouveaux projecteurs.
Bon dimanche sous le soleil j'espère, comme ici…
superbe texte à un moment où je vient de perdre un frère cadet. Beau dimanche
RépondreSupprimerAvec toutes mes condoléances sincères et amicales. Je ne pensais pas que ce texte aurait l'impact qu'il semble avoir. Ce constat fait du bien en ce qu'il reflète nos solidarités profondes trop souvent invisibles.
SupprimerBon dimanche aussi. Une pensée pour ton frère cadet qui demeure en toi désormais.
Commentaire de Aubépine
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Un seringat dans un jardin est un émerveillement. C’est un arbuste très
florifère et très parfumé. Dans le langage des fleurs c’est le symbole de
la mémoire car on ne peut oublier sa fragrance envoûtante. C’est dit-on
Le jasmin des poètes. Je suis pour la majuscule.
Le mien est en fleur.
Amicalement.
Je vais en planter dans mon jardin lorsque le moment sera favorable.
SupprimerJe rêve d'envoûtements ! ;-)
Le nom « seringa(t) » vient d'une utilisation ancienne qui consistait à évider les tiges de leur moelle pour en faire des seringues, dixit Wikipédia :)
RépondreSupprimerEn Roumanie, on l'appelle "iasomie" de jardin. Chez mes grands-parents, un énorme arbuste collé à la maison, nous gratifiait chaque printemps de son enivrante fragrance.
Ton billet exhale le doux parfum de mon enfance, merci Alain ! :)
Il semblerait que le seringat aurait tendance à perdre son « t », on lui ôté le T !
SupprimerPlus je lis les commentaires, plus je réalise qu'il va falloir que je plante !
L'an prochain ce blog sera parfumé !
:-)
Commentaire de Aubépine,
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Cher Alain,
Je ne voulais pas que tu penses que je n'avais pas compris la teneur de ton
billet, mais il est toujours difficile pour moi d'évoquer le départ,
l'absence, le Jardin des Anges, car ces blessures profondes restent en moi
et ne cicatrisent pas malgré le temps qui passe. Dans ton billet, poignant,
j'ai préféré regarder la beauté de la petite fleur blanche et sentir la
fragrance si particulière du seringat. Mais je sais que tu as interprété
le "Oui je suis pour la Majuscule" évocateur de tes souvenirs.
Amicales pensées.
Merci pour ce message et je comprends très bien l'orientation que tu donnes à ton commentaire.
SupprimerNo blessures, il faut que nous puissions les aborder, en dialoguer avec un tiers de confiance. Ça ne résout pas tout, ça ne change pas le réel des faits, mais ce n'est pas non plus sans bénéfices, même partiels.
Chaleureuses pensées pour toi
Le seringuat est l'une de mes madeleines de Proust olfactives. Humer le parfum de ses fleurs est un voyage.
RépondreSupprimerIntéressant, il eut été toute aussi intéressant de savoir si l'anonyme s'appelle Madeleine…
Supprimerl'évocation du seringat me fait également tout de suite penser à ma mère. C'était surement un arbuste très aimé à l'époque de nos parents, son parfum, sa blancheur ! pourtant nous n'en avions pas près de ma maison d'enfance, mais j'imagine qu'elle en avait un près de la sienne. Elle souriait en en parlant. J'en ai un maintenant mais il se fait bouffer par les autres arbres autour, tout timide qu'il est, j'ai décidé de le libérer un peu. J'aime également beaucoup le seringat.
RépondreSupprimerC'est curieux comme cette planter son nom évoque des choses fortes chez plusieurs personnes, comme semblant témoignait certains commentaires ainsi que le tien.
SupprimerSerait-ce une plante « du passé » ? En tout cas toi tu sembles aider le tien à grandir !
Je ne connaissais pas le mot seringat, ni la plante qui porte ce nom, je découvre donc, et en même temps les souvenirs que ce mot, cette plante évoquent en toi. Oui, ce serait une très bonne idée d'en planter chez toi puisque cela te rappelle des temps apaisés. Et moi, de mon côté, je vais chercher à en savoir davantage sur le seringat.
RépondreSupprimerBelle journée à toi, Alain.
Chercher à en savoir : Cela ne m'étonne pas tuer une passionnée de la nature et tout ce qui s'y passe. Une plante aussi odorante ça devrait te plaire certainement.
SupprimerL'anonyme ci-dessus, c'est moi, Françoise ! Impossible de faire apparaître mon commentaire autrement ce matin...
RépondreSupprimerDécidément c'est toujours aussi difficile parfois de commenter sur Blogger (et ailleurs aussi…). même quand on fait partie de cette plate-forme ! Trop de systèmes de filtrages en tout genre probablement. L'intention est bonne d'éviter de nous envahir de commentaires indésirables, mais on n'y est pour rien !
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