collez votre oreille ! Et à lundi…"
-------------
La légende de Roberta
Roberta aurait eu bien de la difficulté à dire depuis quand elle écoutait aux portes. Il lui semblait que cela pouvait remonter au temps où elle flottait dans un ventre inconnu. Dès que ce cartilage apparut, elle avait tendu l'oreille en direction de la paroi translucide. Ne lui parvenaient que des bruits sourds et des borborygmes curieux. Parfois une mélopée lui était agréable. Roberta se demandait si entrer en contact avec l'autre côté de la paroi utérine pouvait se révéler une chose agréable ou dangereuse. C'est dire si sa curiosité auditive ne date pas d'hier.
Roberta répétait souvent à ses amies : — « je peux tout entendre ! »
À ses collègues de bureau, laissant tomber un sucre dans son gobelet de thé à la cafétéria, elle affirmait : — « Ici se passent de drôles de choses, j'ai déjà tout entendu ! »
Cela n'étonnait personne. Chacun savait qu'elle laissait traîner son oreille un peu partout. De méchantes langues disaient même, qu'à force, ses esgourdes étaient pleines de poussière.
Roberta avait une devise de Léonard de Vinci, écrite à l'italienne sur un papier Canson "C" à grain® 224 g/m² , face à son lit :
« Savoir écouter, c'est posséder, outre le sien, le cerveau des autres. »
Elle était donc persuadée qu'en écoutant aux portes, sa masse cérébrale se développerait et s'enrichirait de neurones de toutes ces voix entendues.
Roberta fut victime de la modernité. À mesure que se développait l'usage du Smartphone, des réseaux sociaux, de moins en moins de gens se parlaient. La communication était de plus en plus écrite. En tendant l'oreille au maximum, en la collant, telle une ventouse, sur bien des portes, tout au plus entendait-t-elle quelques cliquetis de clavier.
Sa masse cérébrale se mit à s'effondrer sur elle-même. Écouter était aussi vital à ses yeux que respirer.
Hélas, il faut bien le dire, elle ne respirait plus la bonne santé.
Roberta ne voulut plus écouter personne. Elle se réfugia dans un caisson d'insonorisation disposant d'une épaisseur de cloison de 60 mm en fibre de verre. Elle commit cependant l'erreur de boucher la ventilation intégrée.
Les pompiers ne purent rien faire pour la réanimer.

Sur son épitaphe était écrit "A bon entendeur salut ! "
RépondreSupprimerBonne journée.
Bises.
Mathilde **
Excellente épitaphe !
SupprimerBravo !
:-D
Mathilde!!!! :D
RépondreSupprimerBon... pauvre Roberta, ça me fait penser à un vieux succès italien "Robertaaaaa, ascoltami" (Roberta, écoute-moi)... ça devait déjà être elle!
Est-ce que c'est ça??
Supprimerhttps://www.youtube.com/watch?v=Q-De1fOCwbY
J'en tremble encore....
;-)
Roberta a son pendant que j'ai bien connu dans ma jeunesse, il s'agit de Super Jaimie, la femme bionique. Elle pouvait entendre dans un rayon de 500 mètres, en décalant légèrement sa mèche de cheveux pour que les ondes sonores les plus infimes lui parviennent. Lorsqu'elle se concentrait pour écouter, la caméra faisait un gros plan sur son oreille avec une musique électronique saccadée. On comprenait alors l'hypertechnologie mise en oeuvre. Mais Super Jaimie avait quelque de plus que Roberta: elle pouvait aussi courir extrêmement vite comme Steve Austin, son alter ego, l'Homme qui valait 3 milliards.
RépondreSupprimerSuper Jaimie ! Je n'ai pas connu… je découvre donc son ouie d'exception.
Supprimeren revanche l'homme qui valait 3 milliards… j'aurais bien aimé avoir ses extraordinaires pouvoirs ! Surtout la vélocité ! Moi qui traîne ma carcasse de zhandi !
;-)
Parfois comme Roberta, on a envie de s'isoler du monde jusqu'à en mourir!
RépondreSupprimerOups !
SupprimerVoilà une réflexion tristounette… tu vas bien ?
Finalement, elle était bien à plaindre Roberta. Quelle triste fin ! Un truc qui n'est pas marrant, ce sont les acouphènes. Tu entends des bruits qui n'existent que dans ta tête...
RépondreSupprimerHeureusement finalement que c'est un personnage de fiction !
SupprimerJ'espère que tu ne souffres pas d'acouphènes. Connaissant des gens qui en ont, je sais à quel point cela peut être pénible, au moins à certaines périodes.
Etonnant, mais je la comprends, Roberta. L'envie du monde présent s'amenuise. Ce monde qui ne voit qu'au travers d'un smartphone, qui ne parle plus et reste sourd à ses congénères...
RépondreSupprimerTriste, mais si réel aujourd'hui.
Bravo, Alain.
J'ai lu, je ne sais plus où, que les Smartphones servaient de plus en plus à toutes sortes de choses… sauf à téléphoner…
Supprimeret que les jeunes préféraient faire l'amour avec ce bidule plutôt « qu'en vrai ».
Je t'aime, mon Smartphone non plus !
« Nous vivons une époque moderne »
J'aime vraiment beaucoup !
RépondreSupprimerÇa me rappelle le bus où il est impossible de lire à cause des "demi-conversations" qui me laissent penser que beaucoup pensent qu'un téléphone est un porte-voix...
À la dernière rencontre de mon atelier d'écriture, une participante a reçu un appel. Plutôt que de sortir ou d'éteindre le Machin, elle a conversé au moins cinq minutes tandis que nous écrivions…
SupprimerPersonne n'a réagi, moi non plus. Serions-nous devenus aussi étranges que ça ?
Merci pour ton appréciation. Chez-toi c'est pas mal non plus !
Et pourtant le silence devient une denrée rare, il suffit de prendre le bus, plus personne ne lit, ça cause dans les smarphone0
RépondreSupprimerEh bien voilà un commentaire démontrant une parfaite unité de couple !
Supprimer;-)
Quelle dramatique fin ! Elle n'était pas claustrophobe. Moi aussi je peux tout entendre mais d'une autre façon et j'adore le silence ;-)
RépondreSupprimerPeut-être que la qualité du tout entendre « d'une autre façon » comme tu dis, est directement liée à l'amour du silence que tu indiques, et qui me semble indispensable à intégrer ce que l'on a entendu avec cette « autre façon ». Il me semble bien que tu as cette qualité.
SupprimerÉtrange la succession entre les deux derniers billets.
RépondreSupprimerC'est vrai que l'on peut faire des rapprochements entre ces deux textes.
SupprimerTu remarques quelque chose que je n'avais nullement vu. Merci, c'est intéressant…
Je suis tentée de dire "pauvre Roberta !"
RépondreSupprimerIl y a de moins en moins à entendre derrière les portes …. sauf chez les quelques dinosaures restants !! Bonne fin de journée.
SupprimerMais tu as raison : pauvre Roberta !
Il faut dire que le tableau proposé ne respirait pas non plus la franche gaieté pour un texte qui aurait permis de s'esbaudir !
J'a-do-re !
RépondreSupprimerLa pauvre Roberta a manqué de jugement en bouchant la ventilation du caisson... mais qui sait si ce n'était pas un choix délibéré ?
SupprimerC'est là tout le mystère de la fin de ce petit texte ! Au lecteur à opter ou non pour l'hypothèse que tu formules.
Ecouter aux portes? Les bruits de couloir? Que n'a-t-elle écouté ses propres pensées, enrichies des échanges avec la voix, et les yeux, des autres...
RépondreSupprimerPeut-on être heureux dans la vie si on passe celle-ci à écouter aux portes ?
SupprimerD'ailleurs sur le tableau proposé pour inspirer le texte, elle ne semble pas baignée dans une franche gaieté.
Tu as raison dans ce que tu exprimes.
D'ailleurs si j'élargis le propos (oui, maintenant je précise ! [Private joke ;-)] ), la voix, les yeux, et les expressions du corps, c'est bien une chose qui manque dans les échanges qui ne sont que par écrit.
Moralité : qui trop écoute mal entend... ;-)
RépondreSupprimer♥︎
:)
SupprimerCe texte, symbolique, est tout à fait d'actualité. Bravo!
RépondreSupprimerMerci d'avoir apprécié !
Supprimer