mercredi 27 avril 2016

Ces terribles a priori…

Combien de fois je me surprends à avoir des a priori sur des choses, et sur des personnes.
L'idée de ce billet m'est venue en consultant un blog participatif que je lis régulièrement, et dont je connais la plupart des auteurs. J'observe qu'avant de lire le texte, je vais d'abord voir à la fin qui est le signataire. Ah ! C'est Untel ! Donc je m'attends à…
Dès lors je lis le texte avec la personne considérée en tête. Autrement dit, j'ai forcément un a priori de nature nécessairement différente suivant les personnes.
C’est dommage de pratiquer ainsi. Je me prive d’une sorte d'accueil neutre du texte que je vais lire. Et au fil de la lecture des pensées me traversent : — « De W… ça ne m'étonne pas de lire de pareilles choses ! » ; — « Décidément Z… reprend toujours ce sujet qui lui tient à cœur » ; etc.

Pour les blogs que je consulte encore, c'est un peu la même chose. Je sais plus ou moins que , je vais retrouver tel style, ici, telle thématique, là-bas des trucs plutôt intellos, ailleurs toujours des bons sentiments, en cliquant  là : rêverie et monde à refaire,   etc. etc. (Ce sont des exemples généraux, par des références à des blogs précis...)
Et je ne parle pas des livres que l'on choisit parce que c'est de tel auteur ou tel autre. Quitte à être déçu, parce que le précédent ouvrage était mieux.

Dans ma vie ordinaire, c'est du même ordre. Il y a toujours le risque d'en rester au regard superficiel. Ou encore de se regarder soi-même dans l'autre. Quant aux personnes que l'on connaît de longue date, cela peut être pire encore. — « De toi, j'ai fait le tour ». Et voilà, tout est dit.

Les a priori m'empêchent trop de me laisser surprendre. Il y a donc un effort à faire. Car on ne peut pas s'extraire des a priori, de la première impression d'une rencontre, des ouï-dire, des : — « tu verras ce type/cette femme, ses propos c'est vraiment super… ». Les a priori sont incontournables. Ils surgissent sans demander la permission.

J'ai un peu baissé la garde dans ces domaines. J'étais sans doute plus « présent à l'autre » au temps de ma vie professionnelle. C'était comme une seconde nature. Laissant volontairement tomber mes impressions immédiates. Une évidence dans l'exercice de mon métier. Une nécessité absolue à l’établissement de la confiance thérapeutique. Mais cela rejaillissait facilement dans l'ordinaire des jours.
La pente est toujours douce vers le laisser aller. On glisse lentement, tout comme l'évolution vers la vieillesse. Soi-même on ne le voit pas vraiment. Les autres nous le disent : « tu fais toujours jeune »
Aïe, cette expression est d'une insidieuse virulence. Tout du moins pour ceux qui craignent le vieillissement…

Rien n'est jamais à recommencer. Tout est toujours à poursuivre. Je relisais tout récemment un texte privé de mon maître à penser où il était question de la manière de regarder les gens. C'est limpide de vérité. Exprimé dans des mots simples. Mais tellement dense.


J'ai toujours à apprendre…

12 commentaires:


  1. C'est tellement juste ce que tu dis là sur la manière de regarder les gens... Après avoir lu le Très Bas de Christian Bobin, ce philosophe,poète, humaniste, tu es le deuxième pour moi qui évoque cette façon souvent trompeuse de porter un regard sur les autres dès lors qu'on se laisse influencer par nos impressions ou les "on dit" . Bobin le dit de cette façon à propos de François d' Assise: " On sait de lui peu de choses et c'est tant mieux. Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître. Ce qu'on en dit, en croyant savoir ce qu'on dit, rend difficile de le voir. "...

    Demain, je penserai à toi, à ce que tu dis quand je saluerai mes collègues et discuterai cinq minutes avec elles!

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    1. Quand tu salueras des collègues, surgira la représentation que tu as de chacune d'elles. C'est un incontournable de départ. Alors il faut juste « changer de niveau en soi ». C'est de là que ça part. Porter un regard unique sur l'autre, fondé sur l'empathie. Enfin… quelque chose de ce genre…
      Qu'est-ce que je vois de beau et de bon en elle à partir de ce qu'elle me dit ?

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  2. C'est drôle, j'ai eu cette conversation avec un ami il y a peu. Le mot " a-priori" enferme les gens dans ces maudites cases dont je parle souvent ( comme Z, je reviens souvent sur les mêmes sujets) et une fois qu'on est enfermé, soi même, on a du mal à en sortir. Je distinguerais les a-priori du ressenti, l'un se situant plus dans l'intellect et l'autre dans le coeur.
    Tu ne t'étonneras pas que je cite le petit prince, évidemment, mais je crois qu'il a raison. On ne voit bien qu'avec le coeur.
    Peut être que le " feeling" est une sorte d'a-priori aussi, peut être qu'approcher l'autre et entrer en relation, ça commence à l'intérieur de soi, avant même d'avoir émis un mot...en tous cas, moi qui me fait souvent reprocher d'être naïve, et de faire trop confiance, ce sont mes antennes qui me servent d'a-priori. J'essaie souvent de raisonner ma première impression, mais elle se révèle la plupart du temps exacte.
    Avec de jeunes enfants, j'ai combattu toute ma carrière l'effet pygmalion, qui consiste à se laisser influencer par l'élève et tout ce que l'on sait sur lui pour l'évaluer. D'où l'avantage des examens corrigés en aveugle. ( et encore, l'orthographe et l'écriture nous donnent des a-priori aussi)
    Sur le plan de l'écriture, ton billet me remue. C'est vrai que même si je ne regarde pas qui a écrit tel ou tel billet, je reconnais la personne à travers tout un tas d'indices. Mais enfin, si l'on reste fidèle à soi-même, on a forcément un style reconnaissable.
    ( je reconnaîtrais tes commentaires entre mille) est-ce une mauvaise chose ?
    Après, on peut avoir envie de casser son image, comme dit Souchon dans une de ses chansons.J'avoue que ca m'a démangé en te lisant...
    Merci pour ce billet très ...inspirant, cher enchanteur de vie. :-)
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Ton commentaire évoque plusieurs éléments différents et je ne sais pas très bien que répondre.
      Cela supposerait des développements un peu trop longs ici.
      Par exemple, l'a priori et le feeling ne me semble pas de même nature. Tout du moins dans mon référentiel personnel. Il me semble que l'a priori met à distance par rapport à la personne. Quant au feeling… Il faudrait déjà se mettre d'accord sur de quoi on parle exactement. Si c'est un sentiment de plus ou moins grande connivence, il peut être trompeur aussi. En ce sens il rejoint une sorte d'a priori sans doute. Le feeling est pour moi un sentiment de surface. Un sentiment positif. Ce n'est pas encore la profondeur d'une relation. Loin de là. On peut en rester à cette superficie, ce qui n'est pas mauvais en soi, c'est une question de savoir ce que l'on désire vraiment dans la relation. Un bien-être partagé ou une relation en profondeur avec ses avantages et ses risques. Je dirais surtout ses risques…
      je ne sais pas non plus ce que tu veux dire par : « mes antennes qui me servent d'a priori ». S'il s'agit d'une intuition profonde sur la personne, ce n'est pas un a priori. Par exemple on peut avoir l'intuition de la valeur très profonde et de la richesse personnelle de quelqu'un qui, concrètement, à des comportements déplaisants, un corps qui nous rebute, un look inadmissible à nos yeux, etc.
      l'a priori nous fera dire : cette personne c'est vraiment du grand n'importe quoi ! Et on n'osera peut-être pas ajouter qu'en fait elle nous dégoûte !
      Il y aura donc du taf pour aller vers une relation "au delà"... !

      Dernière chose : reconnaître la personne à travers tout un tas d'indices, comme tu dis, c'est normal. Mon propos n'est pas à cet endroit. je me suis peut-être mal exprimé. C'est, à cause de cette reconnaissance, qu'on risque d'avoir des a priori sur celle-ci, et donc sur ce que on s'attend à lire (par exemple), qui ferme plus ou moins soit la nouveauté du propos, soit un regard plus approfondi.

      Quant à casser son image : c'est une nécessité au bout d'un moment.
      J'ai plus d'une fois constaté combien des lecteurs/lectrices avaient une certaine image de moi dans laquelle je ne me reconnais pas forcément. Et en tout cas uniquement très partiellement. Je parle ici de mon blog.
      Casser son image c'est dévoiler sa vérité toute nue…
      pas toujours évident de se mettre à poil ! Et pas que pour ces dames ! :-)))
      Et plus sérieusement, je me souviens des tous débuts de la blogosphère, il y a plus de 15 ans, ou avec quelques potes de l'époque, on constatait combien sur un forum, plus ou moins privé et donc offrant plus d'intimité, des personnes partageaient leurs misères personnelles ( affectives notamment), et combien sur leurs blogs tout allait bien madame la marquise !
      se donner en représentation est toujours bien plus facile…

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    2. Si tu prends le mot "feeling" dans le sens "sentiments positifs" je me suis mal exprimé.
      Ce que je voulais dire, c'est que je "sens" les gens (mais tu le sais, ne revenons pas sur cette faculté extra sensorielle qui ne m'apporte pas que de la sérénité !)
      Et quand mes antennes se hérissent, ou clignotent (attention, personne toxique, ou dangereuse pour moi) j'ai du mal à entrer en empathie. J'essaie, cependant, je me raisonne, mais bien souvent la première impression me revient dans la figure quels que soient les efforts que j'aie faits pour aller vers la personne.Mais c'est toujours une intuition très profonde.
      De la même façon que tu dis " on peut avoir l'intuition de la valeur très profonde et de la richesse personnelle de quelqu'un qui, concrètement, à des comportements déplaisants, un corps qui nous rebute, un look inadmissible à nos yeux, etc. j'ai parfois l'intuition inverse alors que la personne est charmant, plaisante et bien habillée. Tu comprends ?

      Le cassage d'image me tente.
      Et puisque tu dis que c'est une nécessité...
      Merci en tous cas pour ta réponse très éclairante.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    3. Ne voulant pas trop allonger le débat, je me contenterai de quelque chose d'un peu général concernant ce que tu appelles « tes antennes » ou « sentir les gens ». Le ressenti ou le phénomène de captation ( au sens de recevoir un message), sont toujours des messages à décoder par l'analyse. Cela relève souvent du message crypté et il faut avoir la clé de lecture. Or, j'ai souvent constaté que c'est cette clé qui manque à bien des personnes. On reste "trop sous l'emprise" des messages émis. Surtout si on a une sensibilité qui a tendance à un peu trop d'effervescence.
      Ou alors, comme tu le dis « je me raisonne ». Je comprends. Je ne suis pas convaincu que le chemin du raisonnement soit le meilleur qui puisse être. Celui-ci est souvent une construction élaborée par nous, et non pas le décryptage correct des messages reçus par la sensibilité à quelque niveau que se situe celle-ci ( sensibilité de surface ou sensibilité profonde).
      Je ne sais pas si je me fais comprendre…

      Quant au cassage d'images… succomberas-tu à la tentation ? .-))

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  3. Nous sommes en effet soumis aux a priori et il est difficile - et illusoire - de s'en extraire sans passer par un travail conscient à leur égard. Ce qui fait que la plupart du temps, dans la vie de tous les jours, nous ne sommes pas dans cet "accueil neutre" dont tu parles.

    Je suis confronté quotidiennement, dans mon activité professionnelle, aux a priori de certains de mes collaborateurs. Pour eux les a priori sont tellement tenaces que tenter de mettre en évidence leur capacités limitantes relève de l'impossible. Je me heurte a des a priori et étiquettes inamovibles. La plupart du temps je laisse dire, mais quand cela devient vraiment trop excluant j'interviens. Cela me demande alors une énergie considérable pour contrer une forte résistance, vaine à court terme et dont je me demande si je peux en espérer des effets à longs terme.

    Le pire c'est de croire qu'on puisse ne pas avoir d'a priori !

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    1. Je suis bien d'accord avec ta dernière phrase !
      Comment s'y prendre avec le genre de personne que tu évoques ? Je comprends la dépense d'énergie dont tu parles, car, en effet, « contrer » ne débouche généralement pas sur un changement significatif.
      Peut-être faut-il contourner plutôt qu'affronter. Cela suppose d'être plus à côté qu'en face, tout en gardant le rapport hiérarchique.
      Je donne un exemple simpliste pour me faire comprendre.
      Le collaborateur : « Machin est un feignant dont on ne peut rien tirer jamais ! »
      le manager : « Quelles sont les situations concrètes qui vous font dire ça ? En quoi est-il un feignant ? »
      le collaborateur peut alors penser en son for intérieur : ah enfin quelqu'un qui reconnaît que Machin est un feignant ! ...
      Je veux dire par là que alors je me mets à côté de la personne, c'est-à-dire que je n'ai pas un « a priori » qu'il faut lui faire changer d'opinion sur Machin dans le quart d'heure qui suit… il considère que Machin est un feignant, alors partons concrètement de ce réel en lui.
      alors peut-être sera-t-il possible de commencer un autre type de dialogue. Qui peut éventuellement déboucher sur le fait que le collaborateur, de lui-même, reverra sa position, parce que, par exemple, on pense que le concept de feignant n'est jamais que le reflet « d'autres choses » sur lesquelles on peut éventuellement influer… éventuellement…

      Mais évidemment cela suppose une sorte d'a priori positif !… : chacun est toujours capable de changer vers quelque chose de meilleur et de plus satisfaisant pour lui et pour les autres…
      bon… je suis peut-être à côté de la plaque au regard de ton réel concret.
      C'est juste l'indication d'une sorte d'attitude de fond… mais je pense que tu as cette dynamique à titre personnel. Et en même temps parfois on manque de manière effective de s'y prendre… ( De l'ordre des savoir-faire) surtout si on n'a pas pour soi-même un lieu d'échanges sur ces sujets. Lieu que je qualifierai de relativement « neutre » avec si possible des personnes un peu compétentes.
      il me semble que dans des structures comme la tienne il existe rarement un système plus ou moins institutionnalisé de « coaching de manager ».

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    2. Merci pour tes suggestions.
      Je reconnais avoir du mal à ne pas réagir immédiatement lorsque j'entends des propos rejetant l'autre sur un a priori irrationnel (origine culturelle, par exemple). Sans doute trop sensible à l'exclusion et aux jugements hâtifs, j'ai encore à apprendre. Il faut dire que j'ai parmi mes collaborateurs un spécialiste du genre, qui se targue de "sentir" les gens, mais évoque très vite la manipulation, le "vice" (?) et autres catégorisations psycho-morales. Il se dit aussi "empathique" alors que je ressens comme soumis à la contagion émotionnelle. Il me donne du fil à retordre, le bougre !

      J'ai la chance de bénéficier de (ou me payer…) diverses formes d'échange de pratique de managers, avec tiers neutre, ce qui me permet de recontacter mes ressources profondes et la "juste conduite". Je peux aussi en parler avec des collègues en qui j'ai confiance quant aux capacités de discernement. Je ne suis pas seul… et heureusement, parce que c'est parfois déstabilisant:)

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    3. Ah oui, je crois percevoir un peu le genre de personne : l'empathique à géométrie variable... Bon courage, pas évident en effet !
      Et ce que tu dis à la fin me réjouis, ça roui c'est déstabilisant surtout si on est trop seul. D'autant que je pense que tu as les qualités de leader en toi, mai la mise en oeuvre est toujours difficile....
      Petit souvenir perso, mon premier patron (j'étais son adjoint), disait : " on dit que l'homme heureux n'a pas de chemise, je dirais plutôt l'homme heureux n'a pas de personnel" .... ! Dont acte !!
      Allez courage ! Affrontons !

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  4. Commentaire de Charlotte :
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    Je souffre du même mal que toi !Mais je me soigne!Je dois souvent réviser mon jugement sur ce que je pense d'autrui. J'en ai fait l'expérience aujourd'hui par rapport à une fille que je vois tous les mercredi à notre cours de sculpture. Le repas que nous partageons tous ensemble à midi est très intéressant et animé car nous discutons beaucoup des grands sujets de l'actualité mais aussi de questions plus abstraites comme la religion ,le sexe .Souvent les réactions de la fille en question me l'avaient fait classer dans une certaine catégorie.Mais aujourd'hui je l'ai trouvé drôlement moins chiante , "moins madame je sais tout" et plus intéressante et de lui demander le titre du livre dont elle parlait avec beaucoup d'enthousiasme. " Insoumises" est le titre du livre dont je dois encore trouver l'auteur ( une saoudienne m'a-t-elle dit)

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    1. C'est un mal très répandu !…
      Se soigner c'est en effet reconsidérer la personne. Essayez de porter fréquemment un regard tout neuf.
      Pas évident.... Pourtant cela peut être source de bonnes choses…

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