Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps, ou qui ont lu mes livres, n'ignorent pas la relation difficile avec mon frère de 10 ans mon aîné. Mon intention n'est pas de revenir sur l'histoire de cette relation aux ramifications complexes.
Cela faisait un an et demi environ que nous ne nous étions pas vus. Nous n'avons pas de contentieux entre nous aujourd'hui, ce n'est guère difficile puisque nous sommes distants. Mon frère est un homme de grande valeur, profondément droit, honnête, très intelligent, ayant un parcours professionnel remarquable, de précieux engagements caritatifs, et j'ajouterai fait de beaux enfants qui ont une vie plutôt heureuse, malgré les soucis et épreuves que tout un chacun traverse.
Mon frère et son épouse sont venus manger chez moi récemment, par l'intermédiaire de cette dernière qui a gentiment insisté pour que nous nous rencontrions. Elle n'a pas tort. Les années passent. J'ignore qui enterrera l'autre, mais cela viendra avant longtemps.
Il y a quelque chose de changé chez mon frère. D'ailleurs un de mes neveux me l'avait laissé entendre. Il y a probablement quelque chose aussi de changé chez moi. Au moins une volonté de ma part de l'accueillir, comment dire… « autrement ». Je m'étais préparé. La bonne manière fut sans doute de me remettre dans les dynamismes que je vois en lui. En particulier son souci de la transmission familiale, de laisser trace de notre lignée dans des ouvrages documentés qu'il a rédigés. Je reconnais que j'en avais saisi la valeur en les lisant il y a quelques années. J’y ai découvert des évènements que j’ignorais.
Quand on se met à regarder avec les yeux du cœur celui que l'on a tant de mal à accueillir sensiblement parce que les douleurs de l'histoire ont laissé des cicatrices qui démangent encore, il arrive que l'on fasse l’expérience que ce qui ressemble à un petit miracle laïc.
Un regard plus ajusté transforme soi-même et diffuse quelque chose dans l'autre, si toutefois il s’ouvre à recevoir.
Ce fut le cas.
Les choses ne passent pas entre nous par le média de la parole intime qui dure ou du geste qui s'attarde. La distance respectable doit être respectée. Mon frère est pudique. En sa présence je le deviens. Cependant, lui comme moi, savons « faire la conversation ».
Pourtant, — était-ce le bon repas, le bon vin —, quelque chose s'est nouée à travers quelques paroles, quelques souvenirs, quelques affleurements d'émotion, quelques regards intenses, quand les yeux ne se dérobent pas.
Le lendemain, j'ai reçu un mail de sa part. Je ne me souvenais plus de la date du dernier qu'il avait pu m’envoyer et qui était sûrement conventionnel. Il me remerciait pour la très bonne journée de la veille, espérant que cela se renouvellerait. Si je n'avais pas été assis dans ma bécane à roulettes, j'en serais tombé sur le cul ! « Il remerciait » ! Un événement sans précédent…
Tout cela a l'apparence de pas grand-chose.
Et cependant…

un an et demi, c'est long... et pourtant le regard de chacun de ces deux frères sur l'autre a pu changer, et c'est le début d'une autre relation sans doute.
RépondreSupprimerCela fait du bien à lire...
C'est long, et pourtant cela ne m'a pas manqué.
SupprimerPeut-être que cette nouveauté entrevue est pour que la mort ne nous sépare pas…
Je suis extrêmement touchée, émue, par ce que tu viens d'écrire Alainx. Je ne sais quoi dire d'autre d'intelligent! Oui, profondément émue...
RépondreSupprimerC'est en tout cas beaucoup que tu dises ton émotion.
SupprimerEt puis, l'émotion, c'est intelligent…
J'aime beaucoup quand les choses vont dans le sens d'un apaisement...
RépondreSupprimerC'est tellement important dans ce monde constamment agité de soubresauts...
Et puis c'est vrai que tu le raconte de façon très émouvante. Et aussi avec humour, ce quine gâte rien.
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Sans doute que les apaisements ne font pas de tapage…
Supprimerà propos des soubresauts du monde, je suis toujours étonné de voir la mine déconfite du journaliste télévisuel, lorsqu'une manifestation s'est déroulée dans le calme et qu'il n'y a pas eu les casseurs et les vitrines brisées qui font de l'image en boucle… pauvre journaliste si déçu que ce ne soit pas encore le bordel généralisé ! c'est tellement mieux le bordel pour vendre plus de pub ! :
-- « les casseurs sont dans la rue ? Protégez-vous le visage avec la crème MonQ+ vous épaterez les casseurs qui n'oseront pas taper sur votre joli minois ! »
mdr !
Supprimer★
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ღ˛°* ღ ღ Un bisou céleste pour toi
Témoignage fort et émouvant.
RépondreSupprimerJ'en fais le constat en lisant les commentaires…
SupprimerSans doute faut-il savoir cheminer vers la paix avant que la mort ne nous sépare définitivement...
RépondreSupprimerIl me semble que beaucoup le désirent… « mourir en paix », c'est une volonté et une action. Ce n'est pas le fruit d'un heureux hasard…
SupprimerSi proches et si différents, mais jamais indifférents au bout du compte, malgré tant de blessures minimes, de non-dits, ou de trop-criés, de secrets parfois, de parcours et de rencontres aussi.
RépondreSupprimerJ'ai savouré ces quelques mots à la fois engagés et réservés...
Merci pour la qualité et la délicatesse de ton commentaire. j'apprécie beaucoup.
SupprimerMais oui, les gens changent, et lorsqu'ils sont pudiques il leur est parfois difficile de l'exprimer, alors il faut être à l'écoute des petits détails... Changer le regard et s'ouvrir oui. Etre attentif au présent en essayant d'oublier le passé. Heureuse de vous savoir sur le chemin de l'apaisement.
RépondreSupprimerLa distance entre mon frère et moi ne résulte pas d'un contentieux ancien du genre : « jamais je ne lui pardonnerai !… », Ni de part , ni d'autre. Si ce n'était que cela se serait peut-être relativement plus simple… c'est malheureusement plus complexe avec des ramifications souterraines.
SupprimerDisons que nous nous sommes retrouvés ce que l'on pourrait appeler des dégâts collatéraux. Un peu comme si une explosion dont on n'est pas à l'origine peut envoyer l'un et l'autre à des kilomètres de distance…
Sans doute faut-il du temps à des victimes pour comprendre qu'elles relèvent d'un long coma… sans doute que ce temps se conscientisation n'a pas la même longueur ni pour l'un ni pour l'autre.
Je suis admiratif mais non surpris par ta sensibilité et l'ouverture de ton cœur. Convaincu aussi que cela peut se transmettre "juste en étant" ...
RépondreSupprimerTon commentaire me semble à la dimension de qui tu es toi-même.
SupprimerOui, des choses peuvent s'accomplir comme tu le dis : « juste en étant »
Il est pourtant si simple de travailler dans ce sens, Alain.... Merci à toi, à vous deux d'avoir exprimé un pas sensible vers l'autre. Très beau, très émouvant... merci pour cette expression partagée, appréciée.
RépondreSupprimerDen
« Si simple » ? Peut-être pour certains. Pour moi ce ne le fut pas. Il m'a fallu des années pour que je comprenne « l'ampleur des dégâts » qui ne laissent pas de traces apparentes. Si je reprends un peu la métaphore dans le commentaire fait à Pastelle, je pourrais évoquer une contamination par irradiation atomique. il faut du temps pour s'en rendre compte et pour passer les examens médicaux (psychothérapie par exemple…) qui permettront un diagnostic et un traitement…
Supprimerle "pas sensible" évoqué est la résultante de beaucoup d'années…
Peut-être que cela transparaît sans que je le sache puisqu'un certain nombre de commentaires font état d'une émotion ressentie.
Car je n'ai pas écrit dans l'émotion. Ou plutôt, disons qu'il s'agissait d'une émotion de paix intérieure profonde.
Justement pas simple du tout.... cela pourrait être et pourtant ce ne l'est pas, le plus souvent...c'est ce que je vis actuellement après le décès de maman, il y a un an.... très très âgée, et pourtant on réalise un certain nombre de choses accumulées depuis vingt années, les non-dits, ce que l'on croyait et qui n'était pas..... l'amour, le désamour, l'handicap de ma fille, et tant d'autres problèmes vécus auxquels on a toujours souhaité faire face, et auxquels on a fait face.... tendue comme une élastique, et à l'arrêt, au décès, une désarticulation complète, un effondrement total. Pas une dépression, dans tous les cas pas celle que l'on connaît,où l'on pleure le plus souvent, je ne pleure pas.... plutôt un burn-out, mot devenu à la mode, pas professionnel, mais familial.... un esprit toujours vif dans un corps très fatigué, qui a vieilli de vingt ans en un an, sans force, plein de douleurs.... "votre corps somatise"... comment est-ce possible, moi si résistante, si forte physiquement, psychiquement... mais comment fais-tu ? comment fais-tu ?? voilà, Alain, j'ai très bien compris vos mots, vos maux, mes maux... vais-je continuer à vouloir me battre toute seule ? le pourrais-je d'ailleurs ? Je vous comprends...."une émotion ressentie", pourquoi ? parce que c'est ce que chacun, chacune d'entre nous souhaite, peut-être sans y parvenir.... c'est beau ce que vous écrivez... mais nous, y parviendrons-nous ?Il suffirait simplement d'oublier, gommer, comprendre et expliquer toutes nos souffrances, et cela ne peut s'effectuer qu'après un long travail sur soi. C'est évident. Même si l'on en a toujours parlé, et cru que cela serait suffisant !!
SupprimerDen
La vie ne t'a pas épargnée, Chère Den, et malgré des épreuves, dans certaines semble très douloureux et difficile, tu poursuis la route avec courage. Continuer à se battre ? Peut-être qu'avec les années qui passent le combat prend d'autres formes…
Supprimersans doute y a-t-il une forme de combat de la pacification de son histoire.
Très émue en te lisant..
RépondreSupprimerMerci de l'exprimer
SupprimerL'autre et soi.
RépondreSupprimerLes autres et soi.
Soi et les autres.
La vie, quoi.
Oui, sa beauté, ses laideurs, ses complexités…
Supprimerla vie en effet, et sans doute que l'on n'en voudrait pas d'autre…
Merci pour ce témoignage très touchant...J'ai eu moi aussi une relation difficile avec mon frère aîné..Il était très jaloux et donc pas très agréable...Et ce n'est que quelques mois avant sa mort qu'il a changé d'attitude (il était très malade et savait qu'il lui restait peu de temps à vivre).Il s'est apaisé, il était heureux de chaque visite , de chaque bonne petite chose qui lui arrivait et il savait remercier...Et c'était vraiment nouveau...Quel dommage que nous n'ayons pas su mieux nous comprendre avant mais quel bonheur d'avoir pu enfin connaître une relation plus apaisée !
RépondreSupprimerJe crois que je te comprends très bien dans ce que tu exprimes.
SupprimerParfois les choses ne s'accomplissent que tardivement. Et les réconciliations aux ultimes instants prennent une valeur d'éternité. comme un ultime cadeau de la vie.
Dans toutes les familles il y a des secrets, des dégâts. Une famille est faite de ramifications extraordinairement complexes, c'est toujours pour moi une source de fascination et d'incompréhension. C'est un peu comme si une douleur déclenchait une bêtise qui déclenche une douleur qui déclenche une bêtise...
RépondreSupprimerMerci pour cette subtile émotion, qui donne envie d'appeler les siens pour leur dire qu'on les aime.
Il y aurait beaucoup à dire sur les blessures à l'intérieur des fratries, très beaucoup, comme disent les enfants.
SupprimerPourquoi quasiment tous les mythes fondateurs le sont sur la trahison dans une fratrie ?
Pour prendre l'univers dit judéo-chrétien on peut penser à Cain et Abel ; Joseph et Esaü ; les frères de Joseph ; et bien d'autres… Ce petit monde soi-disant fraternel qui s'entre-tue à qui mieux mieux par jalousie, gout du pouvoir, rivalités diverses.
Plus contemporain et pas si anecdotique que ça : il n'y a qu'à voir famille et fratrie de Johnny Hallyday !
Ces mythes aux scénarios sans cesse recommencés de siècle en siècle…
Ils ont bien des choses à nous apprendre des moeurs humaines…
alors oui… je signe à deux mains ta dernière phrase.
J'ai oublié : je voulais ajouter ce proverbe dont l'origine m'est inconnue :
Supprimer« Fais-toi des amis. Des ennemis, le ventre de ta mère t’en donnera. »
Ces lignes me touchent, elles me revoie à mon destin .......
RépondreSupprimer2 soeurs que je n'ai plus vues ni entendues depuis plus de 20 ans,
mais "" le contentieux" jamais ne sera résolu........
Je suis heureuse pour toi de cet espoir naissant.........
♥♥♥
Parfois l'espoir naît quand on ne s'y attend pas…
Supprimerj'espère pour toi, Ghislaine, que le mot "jamais" que tu écris à propos d'un contentieux disparaîtra un jour…
je l'espère de tout cœur.
Je suis infiniment heureuse pour vous deux, Alain.
RépondreSupprimerMerci pour ce partage.
Merci à toi
SupprimerOui c'est émouvant et je vous souhaite très sincèrement que vous puissiez jouir à nouveau de votre fratrie. Je n'ai pas cette chance, après des années sans nous voir, suite au décès de nos parents, j'ai contacté ma soeur et nous avons pendant 5 à 6 ans échangé, nous nous sommes reçues et très vite le ton condescendant, souvent belliqueux de cette dernière est réapparu jusqu'au jour où avec une morgue certaine, m'a avouée que je ne lui avais jamais manqué et u'elle ne m'aimait pas...c'est violent ...donc et bien n'ayant pas pour habitude de m'imposer... j'accède à son souhait...
RépondreSupprimerComme tu dis, c'est violent…
SupprimerDans une relation, bien évidemment, il faut être deux et si l'un retire son échelle, l'autre ne peut rien…
peut-être qu'un jour un événement fera changer les choses. Garder l'espérance est une forme d'ascèse.
avec mon affection.
Sans doute tout ce temps était-il nécessaire, tu sais. Pour ne plus s'occuper l'un de l'autre, que le ou les désaccords n'irritent plus mais soient "la raison de l'éloignement". Pendant ce temps-là, non seulement on change chacun de son côté, mais aussi si et quand on se revoit, on regarde autre chose. On entend autre chose. Je suis contente pour vous en tout cas!
RépondreSupprimerOui, il fallait du temps… Il faut donner du temps au temps, comme on investit en espérant toucher un jour quelques intérêts relationnels....
SupprimerMerci de dire que tu es contente pour nous. Ce petit signe est bienfaisant.
L'instant était venu tout simplement de vous réunir… sans doute grâce à une attention toute particulière de ta belle-soeur… mais qu'importe la manière d'y arriver !
RépondreSupprimerCela me touche moi qui suis si famille. J'ai connu une interruption au sein de ma fratrie, qui a été très douloureuse.
Ce rapprochement est beau et je vous souhaite de continuer dans cette direction.
Ma belle-sœur veille à ce que mon frère demeure en relation… et pas seulement avec moi…
Supprimerje comprends bien ce que tu dis de cette interruption et qu'elle soit douloureuse.
La force de la réconciliation ... Une puissance immense que vous avez réussi à partager, à revivre : bravo !
RépondreSupprimerJe comprends ton propos, cependant, je ne parle pas de réconciliation. Mon frère et moi c'est plutôt l'histoire d'une non relation continuée....
SupprimerÀ si peu se côtoyer durant tant d'années, on n'arrive même pas à être en conflit qui vaudrait la peine d'une réconciliation !
Je suis contente pour vous Alain .
RépondreSupprimerVal
Merci, Val
SupprimerUn rapprochement qui met du baume. j'en suis bien heureuse pour vous tous.
RépondreSupprimerMerci pour ces mots.
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