jeudi 1 mars 2018

L'essentiel du discours essentiel.

Blogueuses, blogueurs, mes chers compatriotes, mes camarades, mes amies, mes chers collègues, mon Poteau, Monsieur le curé, ma sœur,

Vous n'êtes pas sans ignorer, et je n'ignore pas moi-même, qu'un certain nombre d'entre vous (ne niez pas l'évidence !)  avez des ambitions dignes de votre personnalité au caractère trempé dans le pot de Nutella, à savoir  l'envie de faire de la politique, ne serait-ce qu'à temps partiel du moment que c'est bien payé, pour concourir au progrès inestimable de la nation française, qui figure parmi les fleurons incontestables et incontestés des pays en voie d'accès au bonheur suprême, promis à tout un chacun, et qui ne va pas tarder d'arriver, grâce à votre dévouement pour la cause générale, que vous allez mettre en œuvre pour le bien de tous.
(respiration)

C’est pourquoi, je tiens à vous faire partager mon expérience poussée aux sommets les plus inatteignables, de la chose politicade, que j'ai eu le privilège de développer dès mon plus jeune âge, aussi, et parce que je vous considère comme des êtres d'exception, je vous livre ici quelques-uns de mes secrets et en particulier les « fragments du discours langue de bois », que j'ai rédigés pour vous à l'instar des « fragments du discours amoureux » et nécessairement creux, mis au point il y a belle lurette par Roland Barthes.
(re-respiration)

En conséquence voici, rien que pour vous, des éléments de langue de bois des îles polie à la varlope, cirés avec mes pompes, que vous pourrez servir et resservir en toutes circonstances, devant n'importe qui, même n’importe quand, et qui vous vaudront à coup sûr les suffrages des électeurs, babas d'admiration rien quand vous écoutant.

Voici donc :
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(Public de « responsables »)
  Mesdames, Messieurs, l'acuité des problèmes de la vie quotidienne doit prendre en compte les préoccupations de la population de base dans l'élaboration de solutions rapides correspondant aux grands axes sociaux prioritaires.
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(version public plus diversifié)
 Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière, que vous soyez jeunes ou âgés, entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l'élaboration d'une restructuration dans laquelle chacun pourra enfin retrouver sa dignité.
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(variante possible)
  Par ailleurs, c'est en toute connaissance de cause que je peux affirmer aujourd'hui que l'acuité des problèmes de la vie quotidienne entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l'élaboration d'un plan correspondant véritablement aux exigences légitimes de chacun.
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(version public « râleur »)
  J'ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?) défendu l'idée que l'acuité des problèmes de la vie quotidienne a pour conséquence obligatoire l'urgente nécessité d'un avenir s'orientant vers plus de progrès et plus de justice.
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(versions public « social »)  
Et ce n'est certainement pas vous, mes chers compatriotes, qui me contredirez si je vous dis que l'effort prioritaire en faveur du statut précaire des exclus conforte mon désir incontestable d'aller dans le sens d'un programme plus humain, plus fraternel et plus juste.

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28 commentaires:

  1. Merci AlainX. Je vais d'orès et déjà m'entraîner pour cette confrontation qui m'attend à la fin du mois avec ce représentant de la sauvegarde du budget de l'administration.
    Est-ce que cela marche aussi dans l'autre sens ce genre de discours-charabia ? J'ai des doutes...

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    1. Cela marche dans tous les sens, c'est totalement garanti… je te propose :
      « Monsieur le représentant du budget de l'administration, si nous comprenons les préoccupations qui sont les vôtres, et votre souci de prendre soin de l'argent public, souci que nous partageons d'ailleurs amplement, il n'en demeure pas moins que la conjoncture actuelle, le contenu des contraintes nouvelles, certes nécessaire, mais pas toujours absolument indispensables, auxquelles nous somme confrontés, guide notre projet commun. Dès lors, il serait infiniment souhaitable que nous trouvions ensemble et de concert, en même temps, la possibilité d'avancer, et en même temps, comme dirait votre président, l'impératif de ne pas reculer."

      essaye : tu auras ton succès !

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    2. Whaoo... Il faut que je m'entraîne !

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  2. :-)). J'applaudis à tout rompre. J'ai compris qu'il n'y avait finalement rien à comprendre. C'est bien juste? Belle journée monsieur le politicien. Attention à la langue de bois quand même car si vous roulez une pelle à une femme, elle risque d'avoir des échardes dans la bouche et vous montrer par la suite de quel bois elle se chauffe.

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    1. Et bien voilà ! Tu as tout compris de la politique !
      Parler pour ne rien dire, permet d'agir pour ne rien faire.

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  3. Ça me ferait presque rire si je n'avais pas subi pendant des décennies le politiquement correct du « pédagol », la novlangue de l'éducation nationale.
    J'en ai fait une telle allergie que j'ai donné à ma supérieure hiérarchique le sobriquet de Jargonos, et je fais allégeance ici à Erik Orsenna, à qui je l'ai emprunté avec bonheur, dans son livre « La grammaire est une chanson douce ». Dans ce livre, il s'insurge contre cette façon insupportable d'appeler un chat un spécimen miaulant pourvu de griffes.
    Pour te dire à quel point cette sodomisation des diptères nous les brisait menu, certains de mes collègues et moi-même, avions inventé un « loto pédagogique » pour tromper l'ennui des longues conférences pédagogiques creuses comme un discours de politicard.( Il est d'ailleurs en ligne, ICI, les bonnes idées étant faites pour être partagées ;-)
    Chaque fois qu'un mot-clé était prononcé, on cochait...il nous arrivait de chuchoter « quine ! » ou « carton plein » avec des mines de potaches invétérés... mais personne n'aurait mieux tenu une classe que nous. Bizarre, non ?
    Bref, pour en revenir à ton talent politique (je suis impressionnée) je ne peux que te conseiller l'enatronic générateur de discours qui te permettra de peaufiner ton art de la rhétorique. Ou le pipotron, ou le blablateur, qui sont des variantes de cet art consommé du xylolangage.
    J'ai hâte de pouvoir voter pour toi.😍
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Le commentaire de Célestine me fait rire. Cela me rappelle également des réunions sans fin où les membres de la hiérarchie s'écoutaient parler pour ne rien dire et les équipes baillaient aux corneilles. On avait inventé un petit jeu. Le jour avant le colloque, on inscrivait chacun un mot ou une expression sur un petit papier. Ensuite tous les papiers étaient mélangés et chacun devait en prendre un. Et le lendemain, on devait les placer en colloque. Il m'est arrivé de devoir placer "marsupilami", "hobbit aux pieds poilus", "ours polaire réchauffé" etc. Et on rigolait. Et nos chefs ne comprenaient rien! :-))

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    2. Je fais aussi parti du club…
      Au ministère de la justice on savait aussi parler au Justiciable !

      -- « attendu que la demanderesse, nonobstant l'article L.734, paragraphe trois, alinéa septies, quatrième tiret, lequel stipule qu'il appert selon la modification de la loi rectificative, laquelle complète le dispositif antérieurement abrogé, mais rétabli subséquemment aux dispositions de l'article L 812 dans sa rédaction de 1987, que la demanderesse n'est pas autorisée en application desdits articles précités, à ester en justice, sans avoir au préalable satisfait aux obligations de la loi du 30 février de l'an de grâce 2041, relative à la question préjudicielle, que ladite demanderesse aurait dû soulever avant toute défense au fond, alors que le demandeur soulève, lui, la prescription décennale de l'action, et en conséquence formule une demande reconventionnelle en dommages et intérêts pour procédure abusive,
      dès lors, le juge étend fatigué, s'en va se coucher…

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    3. Ben voilà, et après on se demande d'où viennent les lenteurs de la justice ;-)

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  4. On voit que tu connais les soubassements de la politique sous-marine, Chère AlainX ! Et si tu t'y mettais sérieusement,à la politique, rien ne dit que tu ne serais pas élu au premier tour. Le peuple, tous les peuples, aiment quand tout va dans le sens des poils. Bon il est vrai, qu'il y'en a qui sont des insoumis, mais juste le temps de refaire les élections.

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    1. Je ne fus jamais élu de la république, mais j'ai cependant vécu une militance syndicalo-politique lorsque le bon maître François Mitterrand accéda au pouvoir.
      Ayant connu les couloirs où se prennent les vraies décisions, j'en ai retenu que grenouillage et bricolage sont les deux mamelles du pouvoir....
      et que discourir amuse les galeries de l'Assemblée Nationale…

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  5. On s'y croirait ! Je n'ai pas une très haute opinion de ce monde là ! Mais je dois reconnaître que parfois on a à faire à des artistes !!

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    1. On peut avoir une haute opinion des humbles serviteurs de l'État qui triment dans les bureaux, et ont un sens élevé du service public. J'en ai rencontré … Et ils ne sont pas que quelques-uns…

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  6. Charlotte1/3/18

    C'est fou ce qu'ils me barbent ces gens là. J'éteins la télé dans ces cas là.

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    1. Tu peux faire comme Boris Vian :
      J´avais la télé, mais ça m´ennuyait
      Je l´ai r´tournée... d´l´aut´ côté c´est passionnant

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  7. Evidemment étant belge, il est sûr et évident que je ne connais pas ce discours alambiqué.
    Pas de langue de bois chez nous, ni à droite, ni à gauche, ni au milieu, ni en dessous, ni au dessus
    J'ai donc des difficultés à me représenter vos difficultés
    Chez nous, on s'efforce de parler dans un langage simple et accessible!

    ;-))

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    1. Charlotte2/3/18

      Tu penses ce que tu écris Coumarine ?

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    2. ben oui charlotte, je le pense vraiment!
      (en rigolant bien sûr!!!)

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    3. C'est vrai que chez vous, les Belges, question politique…
      vous atteignez…
      … des sommets !

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  8. Dans la langue de bois, il y a aussi l'incontournable "je suis serein". Le type a trahi tout le monde, a piqué dans la caisse, est objectivement une crapule (voire un gros délinquant), il s'est mis dans une m... effroyable, il va aller en taule, sa femme l'a quitté et tout le monde lui tombe dessus... mais il est serein. C'est une constante, le pire des politicards est toujours serein et il le clame haut et fort.

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    1. Oui, il est serein, d'ailleurs il vous le dit les yeux dans les yeux…
      c'est parce que, comme il le déclare :
      « j'ai ma conscience pour moi »

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    2. Si ça se trouve ces gens CROIENT à ce qu'ils disent. Pour ça qu'ils mentent aussi effrontément...

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  9. Ah comme je ris après un an d'absence, en lisant "l'essentiel du discours essentiel" auquel je ne comprends rien, si ce n'est que du blablabla dont nous sommes abreuvés chaque jour. Vous avez l'art et la manière Monsieur, de décrire la politique exactement comme elle est. Des discours dont les mots mis les uns au bout des autres ne veulent rien dire pour ceux qui les entendent, mais veulent-ils dire quelque chose pour ceux qui les disent ou les écrivent ? Je crois que la plupart des politiques sont incapables de travailler pour le bien commun mais par contre travailler pour leur petite personne, là, ils sont excellents jusqu'à penser qu'ils sont importants, enfin ils le croient.
    Je n'ai jamais compris comment nous pouvions élire autant de langues de bois sachant que, d'un bord comme de l'autre, nous avons à faire à des menteurs.
    Merci pour ce divertissement.

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    1. Tiens ! Une revenante !..... ;-)
      Ça fait plaisir de te voir !

      Le problème c'est que l'attrait du pouvoir, quand on y a goûté, devient très vite une drogue dure ! :-(

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  10. je dois avouer que par le passé je n'éprouvais pas autant de rage voire de haine à l'égard des politiciens. Mais depuis les dernières élections parler de politique m'enflamme irrémédiablement. Le drame c'est que personne ne me parait digne de confiance -et d'ailleurs n'est-ce pas totalement idiot de parler de confiance quand on cause de ce milieu-là?- alors en qui espérer ne serait-ce qu'un peu? Finalement j'aime ta façon de prendre la chose politique, parce que se mettre la rate au court-bouillon ne sert vraiment pas à grand chose. Autant en rire.

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    1. « Le discours » politique national ne m'intéresse plus, c'est pourquoi je le brocarde. Il est le plus généralement creux dans la mesure où il est désormais écrit par des publicitaires. Ils ont simplement changé le terme « slogan » par « éléments de langage », qui comme chacun sait, sont là pour nous vendre du vent et de l'espérance frelatée, de lendemains dont on a tous la conviction qu'ils ne chanteront pas.
      En revanche, les choix de gouvernement que ce soit en France ou en Europe méritent attention.
      Mais seule l'action locale collective ou sectorielle peut modifier quelque chose quelque part. Ceux qui le savent en font l'expérience et s'engagent. Ça marche, mais ça ne fait jamais l'ouverture du journal de BFMTV. On s'en fout, du moment que ça fonctionne, là où l'on veut bien se donner la peine…

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  11. Bon... Trêve de plaisanterie. Donc, sans blague, et quoique beaucoup s'en défendent, tout est politique.
    Et, comme on ne le sait que trop:
    "Les gens les plus intelligents sont pas toujours ceux qui parlent le mieux (simple)
    Les hommes politiques doivent mentir sinon tu voterais pas pour eux (basique)"
    Sans rire ♥

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    1. Le mentir vrai en politique est un art haut de gamme…
      on peut citer le maniement des statistiques, lesquelles, comme on le sait, constituent la forme la plus raffinée du mensonge.
      On peut encore, et à titre de simple exemple, citer un choix politique que j'ai particulièrement bien connu, puisque je fus un jeune militant qu'on roula dans la farine, et je ne suis pas sûr de l'excuse que j'étais jeune en ce temps-là…
      la gauche était au pouvoir :
      le Directeur de cabinet du Ministre : (j'y étais)
      — Nous allons créer 1200 emplois pour cette importante réforme dans la justice.
      Effectivement, les 1200 emplois ont été créés par lois et décrets. On fit toute la mousse nécessaire auprès des médias avec cymbales et trompettes pour faire connaître la chôôôse. Tout le bon peuple de France ainsi que les chômeurs se sont réjouis. Quand même, la gauche montrait l'exemple de la création de 1200 emplois !
      Mais concrètement :
      seulement 600 ont été budgétisés… Les autres ont été « gelés », comme dit le jargon administratif. Et bien évidemment ils ne dégèlent jamais. Mais l'opinion publique a retenue 1200 emplois… et CONCRETEMENT on ne mit au coucours QUE 400 emplois... ben oui, avec Mauroy, on venait d'entrer dans « la rigueur » !… pour les 200 autres emplois… on verrait plus tard… oui, plus tard… et aujourd'hui en 2018, il semble qu'on attende… plus tard…
      Et après on s'étonne que la justice soit lente ! Sûrement que les magistrats ne foutent rien !

      Avait-on menti au peuple ? Absolument pas. La CRÉATION des 1200 postes a bien eue lieu. On a uniquement confondu création de poste... et réalité du terrain....
      un peu comme un architecte qui a CRÉÉ les plans de ce grand immeuble… tout le monde trouve cela totalement merveilleux !… Mais on ne construira que le premier étage…

      et pour parodier Aragon :
      En ce temps-là, j'étais crédule
      Un mot m'était promission,
      Je les prenais sans préambule
      Pour des fleurs de la Nation

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