lundi 5 mars 2018

Message urgent (Lundi de Lakevio)





 En lieu et place du devoir "La lettre"...
ENVOYEZ UN TELEGRAMME - STOP


Vous pouvez l'écrire seul ou l'inclure dans une histoire. A vous de décider.




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Message urgent

Il faut bien dire les choses pour ce qu'elles sont, Gustave en avait raz le chapeau claque d'être obligé de déposer  sa sœur Émilienne  une fois encore au bureau de poste, au prétexte qu'elle avait un télégramme urgent à expédier. Quelle urgence pouvait bien se présenter à une femme dilettante comme Émilienne, dont la principale préoccupation était de savoir si son chapeau à fleurs violettes, et plumes de gallinacé neurasthénique, s'accommodait suffisamment à sa robe noire.

— Je ne peux quand même pas mettre une robe rouge alors que je suis encore en deuil de mon défunt mari ! déclarait-t-elle, prétendant par ailleurs que ces fleurs d’un violet cardinalesque, coïncidaient parfaitement avec la période de deuil.

Depuis que son beau-frère était décédé, Gustave était obligé de jouer les chaperons auprès de sa sœur, assumant le rôle de gardien de sa vertu depuis longtemps perdue. En effet, sur son lit de mort sa mère lui avait déclaré : 
— Surtout, tu prendras bien soin de ta sœur.
Alors il s'exécutait par fidélité, puisqu'il avait commis l'erreur de répondre oui.

Elle en mettait du temps à rédiger son télégramme. Gustave espérait qu'elle ne racontait pas sa vie, sinon cela allait encore leur coûter les yeux de la tête, vu qu'une fois de plus le prix du mot avait augmenté. Mais Gustave était un homme de bonté. Il avait toujours protégé sa sœur quand ils étaient petits. Filament il ne faisait que continuer. Et puis, le deuil de son mari semblait affecter si profondément Émilienne. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle se mit à pleurer dès lors qu'elle apercevait son frère, cachant pudiquement son visage et ses yeux, qu'elle avait d'ailleurs fort jolis, derrière un mouchoir en dentelle de soie.

Émilienne, penchée, sur l'écritoire du bureau de poste, cherchait ses mots avec soin. Il ne convenait pas d'en mettre beaucoup, vu le prix. De plus il fallait être suffisamment précis tout en restant allusif. On savait bien que le facteur qui portait les télégrammes à domicile avait une fâcheuse tendance à les lire, et dieu sait ce qu'il était capable de colporter au bistrot du village.

Elle se décida, et écrivit ce qui suit à l'adresse de son amant :

Venir plutôt jeudi — stop — Fin du deuil — stop — Vous ouvrirez ma clôture — stop — Apportez vos pruneaux — stop — Tendres melons pour vous — stop — Emiliennement vôtre.


Emilienne remit le télégramme à la Préposée du guichet avec un grand sourire, non sans avoir préalablement vérifié qu'elle ne pouvait être vue de son frère Gustave.

35 commentaires:

  1. Ah, sacrée Émilienne, elle avait toujours bien caché son jeu, même enfant. Un deuil inconsolable ne peut qu'être trompeur ;) Gustave était vraiment "un homme de bonté", aveuglée par celle-ci !

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    1. Peut-être qu'il sait, ou devine, et qu'il ferme les yeux…
      après tout si sa sœur se remarie… il n'aura plus à la surveiller…

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  2. Ton texte est excellent tous les détails du tableaux sont bien mis en valeur, comme ces fleurs violettes sur le chapeau d'Emilienne, que je n'avais pas remarqué à première vue. J'aime bien (entre autre) "le prix du mot a encore augmenté". Autant qu'il m'en souvienne, ils étaient assez chers d'ailleurs. Raison pour laquelle, dans nos campagnes, l'arrivée d'un télégramme annonçait toujours quelque malheur ou drame. Quand le téléphone lui a succédé, les habitudes ont été conservées. Il fallait vraiment une raison importante pour aller à la cabine publique. Les temps ont bien changé !

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    1. Nous partageons des souvenirs comparables…
      quand on pense que tant de familles n'avaient pas le téléphone… et qu'aujourd'hui il y a quasiment un Smartphone par personne…! sauf peut-être les bébés ?

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  3. Le porteur de télégramme dirait sûrement: Elle est bien gentille la bonne dame, après son deuil, elle offre ses tendres melons. Pour les pruneaux, ça fait quand même barder !

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  4. Bonjour ALAIN
    Je vais voir un peu...........
    Et c'est parti encore pour réécrire toutes mes coordonnées !
    Bonne journée

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    1. La persévérance finira peut-être par être payante…

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  5. Jouissif et complètement dans l'air du temps, de ce temps enfui...des télégrammes, des robes longues et des chapeaux à fleurs...mais au final, rien n'a vraiment changé, elle est même d'avant-garde cette Emilienne : elle sait que les fruits et légumes sont bons pour la santé. S'il ne la prend pas pour une courgette, il répondra à son message mi-figue mi-raisin, la fera rougir comme une tomate en lui montrant son poireau, et enfin ensemble ils pourront goûter les fruits mûrs de la félicité... :-)
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Comme tout cela est bien dit !… Nos grands-parents étaient écologiques sans le savoir… tout comme certains faisaient des enfants sans le savoir non plus…

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    2. Et Monsieur Jourdain donc...
      Comme quoi, du prose à la prose, il n'y a qu'un pas... ;-)
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  6. Si la Préposée n'est pas trop courge elle rigolera bien et le Gustave ne va pas tarder d'être au chômage. Merci pour ce sourire du lundi ;-)

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    1. Merci à toi pour ce commentaire plein de sagesse bientôt libératrice pour Gustave…

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  7. Je dois dire qu'après le commentaire de Célestine, je n'ai rien à ajouter ! :)
    Elle est consolée l'Emilienne et je suis ravie qu'elle offre ses melons en échange de pruneaux.

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    1. Il semble clair, en effet, que ces deux-là ont bon appétit !…

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  8. au moins 5 légumes/fruits par jour!
    avec les pruneaux, les melons... c'est un bon début
    Le reste sera pour la vive voix ;-))

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    1. On sait bien que les plaisirs de la bouche sont les meilleurs…
      ;-)

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  9. Je la trouve bien naïve cette Emilienne qui croit son télégramme indéchiffrable pour tout autre que le destinataire. La demoiselle de la poste et le porteur du télégramme n'ont eu aucun mal à deviner de quoi il s'agit !

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    1. Caramba ! Encore raté !
      Comme s'exclama le caporal Diaz dans « l'oreille cassée »

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  10. à voir la finesse de sa silhouette, je crois qu'elle se vante un peu avec ses melons, ma grand-mère les aurait plutôt appelés des tomates ;-)
    (je constate que nous avons eu la même idée de message à double sens à un expéditeur mystère, et tout aussi végétal ;-))

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    1. Disons que c'est une sorte d'hyperbole !!
      ;-)

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    2. On a eu un hyper bol de tomber pile ! :-)

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  11. Je ne t'avais pourtant pas lu et j'ai aussi pensé à une Emilienne o;) (peut-être à cause de la d'Alençon). Elle a l'air sage, pourtant, mais l'air ne fait pas la chanson, bien sûr. Surtout à la Belle Epoque.

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    1. Lorsqu'elles enlevaient leurs corsets, tout devenait possible…
      ;-)

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    2. Un corps fou dans un corsage...
      Un corps sage à Corfou...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    3. bédidon, c'est le corps en forme jourd'hui !
      ;-)

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  12. J'adore !! quel appétit cette Emilienne !! Peut être que lors d'un prochain marché elle pourrait jeter un œil sur quelque belle frisée pour Gustave !

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    1. Mais oui ! La belle frisée !
      aux senteurs pénétrantes…

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    2. rhoo ! ;-)
      Bon allez, j'arrête de faire le troll !
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    3. Il ne faut pas abuser des bonnes choses !

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  13. Sourire pour "les plumes de gallinacé neurasthénique", c'est drôle. :)
    Sourire pour le télégramme aussi. Ca m'a fait penser à la lettre de Georges Sand. Mais trop longue pour une télégramme. :)
    Dire que j'ai connu ça, cette époque sans portable et même sans téléphone ! La préhistoire quoi...

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    1. Ouiiiii ! J'avoue que j'y ai pensé aussi à cette lettre !

      Cela avait son charme l'absence de téléphone. Il n'y en avait pas chez celle qui deviendra mon épouse… elle habitait à une quinzaine de kilomètres de chez moi… on s'écrivait tous les jours… On postait la lettre le matin, elle était distribuée l'après-midi. C'était l'époque où il y avait en régional deux tournées de facteurs par jour !
      On a encore ces lettres… mon épouse parfumait les siennes…
      Qui dans 50 ans aura encore les SMS échangés aujourd'hui … ?

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  14. Ooooh... la coquine ! :-)
    Sourire en te lisant, et aussi en lisant les commentaires. :-)

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    1. Faire sourire
      est mon plaisir

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