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jeudi 5 janvier 2017

Aujourd’hui, acheté

(Raymond encore…)

Il avait probablement cru cela possible.
Il est vrai que qui ne tente rien, n’a rien.
On va dire qu'il s'appelait Ernest.
Un homme sympathique, autour de la quarantaine. Toujours tiré à quatre épingles, le brushing impeccable et laqué. Le costume chic et sobre. S'il avait osé, il aurait certainement porté nœud papillon. Il avait les mains fines, gestes précis, presque précieux.
Il était chef de service. Pas chez moi. Un ailleurs, pas très loin. Pas tout à fait un homologue, puisque j'étais plus « gradé » que lui, quoique plus jeune. La valeur n'avait pas attendu le nombre de mes années pour me propulser en des endroits ministériels un peu plus élevés. Engagement et circonstance m'avait amené là où je ne pensais pas me diriger.

Je me suis retrouvé membre d'une commission qui avait à statuer sur des cas particuliers, susceptibles d’une sorte de promotion exceptionnelle.  La gauche venait d'arriver au pouvoir. J'ai l'audace de penser que mon nom avait été retenu, non pas uniquement à cause de mes compétences d’homme de terrain et/ou de mon engagement militant, mais aussi en raison d'une certaine probité que l'on me reconnaissait.

Ernest était concerné. Il était sympathique. Nous avions déjà eu l'occasion de nous rencontrer. Cependant, son allure extérieure de presque dandy, était assez inversement proportionnelle à la vivacité de son intelligence.
Il m’invita chez lui, avec mon épouse, un dimanche, voulant me faire découvrir sa ville et son passé historique. Je me demande encore pourquoi j'ai accepté. Une naïveté probablement. Je n'ai rien vu venir.
Nous fûmes reçus « les petits plats dans les grands ». C'était exagéré. Ernest, plutôt que de me parler de sa région, parla beaucoup de lui, de ses mérites supposés, des opportunités qu'il faut savoir saisir dans la vie, et de toutes ces choses destinées à me faire comprendre… ce que j'avais très bien compris… mais que je fis semblant d'ignorer. Bien évidemment, il lorgnait sur une potentielle promotion possible. Et si j’avais pu donner un coup de pouce…

Est-ce que vraiment on peut m'acheter pour le prix d'un repas et d'une bonne bouteille de vin ? Une TRÈS grosse enveloppe, peut-être !! :-)


Ernest fut très déçu que sa candidature ne soit pas retenue. Évidemment, il ne m'a jamais invité une seconde fois. Moi non plus d'ailleurs.

11 commentaires:

  1. Un personnage creux et totalement bâti autour de sa propre personne cet Ernest! Bref une rencontre à oublier!

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    1. Je n'ai pas oublié l'épisode…
      en réalité, j'ai un certain goût amer d'avoir été naïf à l'époque…
      j'aurais dû voir que ce type avait envie de se servir de moi comme d'un objet.
      Reste quand même un truc positif… le repas fut très bon, et le pinard millésimé… :-)

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  2. Oui l'impression que l'on se sert de nous, et que l'on veut nous acheter est toujours très pénible.
    Surtout quand on est fait de probité candide et de lin blanc...(Victor Hugo)

    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Ce qui est pénible c'est de penser qu'un autre pourrait faire de nous « une chose exploitable ».
      Ce qui est réjouissant, c'est quant au final on nique totalement la personne !
      Car j'ai évoqué sa « tentative » dans la commission… ce qui fut clairement noté dans son dossier…
      Faut pas trop vouloir me prendre pour un con ! J'ai l'épiderme sensible dans ces cas-là, et on ne me gratouille pas sans conséquences pour soi-même…

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  3. S'il tente c'est qu'ailleurs, avec d'autres, cela doit marcher. Pourquoi dès lors s'en priver? C'est pour cela que ce n'est pas la politique qui me désespère, c'est l'Homme.

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    1. En l'espèce, je crois qu'il est tellement maladroit ce type, que ça n'a jamais dû marcher…
      en revanche cela ne me fait pas désespérer de l'Homme surtout si tu y mets un grand « H »
      car en l'espèce, Ernest n'était pas encore vraiment un homme humanisé…
      L'est-il devenu ? Je n'en sais rien…

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  4. Encore un Rastignac à la petite semaine...

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    1. à la petite semaine… comme tu dis…
      Rastignac, avait au moins le mérite d'une certaine intelligence et d'une stratégie fine pour arriver à ses fins…!!

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  5. Un arriviste.....Apte à devenir un politicien !!

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    1. Avoir le sens du « service public » ou avoir le sens du « service privé »
      le choix est offert…

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  6. Charlotte8/1/17

    Je n'aime pas les manipulateurs qui veulent vous en mettre plein la gueule pour impressionner. Cela ne prend pas avec moi.Je les renifle à distance.

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